Les Pêcheurs de Perles à Nantes

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Comme quatrième titre d'une saison jusqu'à présent particulièrement réussie, Angers Nantes Opéra vient de frapper à nouveau très fort, avec une version concertante des Pêcheurs de perles de Georges Bizet qui a recueillie tous les suffrages, tant auprès du public que de la Critique.

C’est à l’âge de seulement vingt-six ans que le célèbre compositeur écrivit ce premier opéra, partition pleine de poésie légère et mélancolique dans laquelle le compositeur mit le meilleur de lui-même pour conquérir le Paris musical de l’époque. Si on peut écouter les Pêcheurs comme une partition dans laquelle il est possible de s’amuser à repérer les traits harmoniques et mélodiques qu’il développera dans sa future (et beaucoup plus populaire) Carmen, l'on peut aussi les écouter pour eux-mêmes, en goûtant le charme exotique - et par ailleurs si français - d’une musique déliée, vivante et expressive, qui ne peut que toucher l'auditeur, grâce à la sincérité de l’émotion si délicate qu’elle contient.

Placé sous la direction experte du chef irlandais Mark Shanahan – dont le talent nous a plusieurs fois enthousiasmé in loco, notamment par une magistrale exécution du Falstaff de Verdi il y a quelques saisons -, l’Orchestre National des Pays de la Loire parvient à exhaler toutes les fragrances de ce magnifique opéra, et en faire palpiter le phrasé sans que la tension ne se relâche jamais. Saluons également la prestation des chœurs conjugués de l’Opéra de Montpellier et d'Angers Nantes Opéra qui, s'ils souffrent au cours de la soirée de quelques inévitables décalages, n'en délivrent pas moins un superbe « Sur la grève en feu ».

C'est ensuite un quatuor vocal de rêve qu'a su réunir Claude Cortese, directeur artistique d'Angers Nantes Opéra (qui remplacera prochainement Valérie Chevalier à la tête de l'Administration artistique de l'Opéra National de Lorraine, cette dernière étant partie prendre, comme l'on sait, les rênes de l'Opéra Orchestre National de Montpellier). Après son éclatant succès dans le rôle « voisin » de Gérald (Lakmé) à l'Opéra Comique le mois passé, Frédéric Antoun s'impose sans conteste comme le plus digne successeur d'Alain Vanzo, le grand Nadir de la fin du siècle dernier. Avec des moyens plus conséquents que ce qu'on a l'habitude d'entendre dans cette partie, le magnifique ténor canadien sait les exploiter avec autant de goût que de mesure, surveillant constamment sa ligne, et multipliant l'usage du registre mixte et des pianissimi, qui agissent comme un baume sur les oreilles des spectateurs. Délivrée avec une sensibilité et une tendresse bouleversantes, la fameuse (et sublime) Romance de Nadir, « Je crois entendre encore », s'avère comme le clou de la soirée, et vaut à l'artiste une incroyable ovation au moment des saluts.

Du rôle de Leïla, la ravissante soprano belge Anne-Catherine Gillet – superbe Blanche de la Force (Dialogues des carmélites) ici-même en début de saison - maîtrise à la perfection la musicalité tout comme la vocalisation exigées par son personnage. La voix est suffisamment puissante pour rendre justice à la prière « O Dieu Brahma », et elle phrase, avec l'élégance et la sensibilité à fleur de peau qu'on lui connaît, le touchant air « Comme autrefois ». Le baryton canadien Etienne Dupuis – qui interprète le personnage de l'ambivalent Zurga – devrait, quant à lui, très vite prendre sa véritable place dans le chant francophone : le style est noble, servi par une voix ample au timbre expressif et chaleureux, et l'acteur détient une présence particulièrement magnétique. Enfin, l'excellent Nicolas Courjal (Nourabad) n'est pas en reste, et convainc pleinement par la solidité des moyens, par ses graves impressionnants, et tout simplement parce qu'il possède toute l'autorité requise par ce rôle de « méchant ». Il fait véritablement honneur à la grande tradition du chant français.

Bref, une soirée magique couronnée par de véritables tonnerres d'applaudissements.

Emmanuel Andrieu

Les Pêcheurs de perles à Angers Nantes Opéra (les 2, 4 & 6 février)

Crédit photographique © Jef Rabillon

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