Les Noces de Figaro, second volet de la « Trilogie Figaro » à Genève

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Au lendemain d’un Barbier de Séville enlevé, ce sont à des Noces de Figaro enthousiasmantes auxquelles nous avons assisté, toujours à Genève, dans le cadre de la « Trilogie Figaro » organisé par l’institution romande - et plus exactement par son directeur Tobias Richter qui signe la mise en scène du spectacle. Comme la veille, c’est une qualité d’ensemble qu’il faut souligner d’emblée… mais avec un zéro faute dans le cas présent ! Dans le même dispositif scénique signé par Ralph Koltaï pour Il Barbiere, c’est-à-dire deux immenses parois pivotant sur elle-même, seuls quelques objets indiquent les changements de lieux. De son côté, le metteur en scène donne des directives précises à ses acteurs, les laissant surtout, en fonction des scènes, s’épanouir dans la rage aveugle ou au contraire dans la sensualité... pour une folle journée menée tambour battant !

Après sa retentissante Alcina in loco l’an passé, la soprano américaine Nicole Cabell s’avère être un pur enchantement dans le rôle de la Comtesse, et l'on ne peut que se délecter de sa grande élégance et de son admirable ligne de chant. Après un émouvant « Porgi amor », elle délivre un « Dove sono » tout de poignante nostalgie. Saisissant Mephisto (La damnation de Faust) à Liège en février dernier, le baryton-basse italien Ildebrando D’Arcangelo (Le comte) s’affirme dès son entrée en scène et convainc de bout en bout, ne serait-ce que par l’autorité de l’accent : la voix est notamment suffisamment sonore pour conférer la majesté requise par son grand air « Vedro mentr’io sospiro ». Son compatriote Guido Loconsolo campe un Figaro à la personnalité chaleureuse et attachante, très présent, urgent, voire extravagant. Il affronte sa journée avec aplomb et une vérité psychologique admirablement aiguisée. La voix, porteuse d’émotion, superbement timbrée, forte et jubilatoire, s’attache, elle, à définir le personnage. La Suzanne de la soprano suisse Regula Mühlemann séduit d’emblée : pétillante, haute en couleur, amoureuse (voilà pour le drame), exquise, nuancée, suffisamment onctueuse (voilà pour la voix). Elle délivre un très touchant « Deh vieni non tardar ». Quant à Cherubino, il trouve dans la mezzo américaine Avery Amereau une interprète idéale : constamment en émoi, elle possède l’agilité du rôle et l’espièglerie d’une jeunesse assumée. Les comprimari sont dignes des premiers rôles, à commencer par la mezzo italienne Monica Bacelli en Marcelline, qui loin de l’oie égosillée voulue par l’habitude, offre au contraire une voix saine et franche. La scène où elle chante l’air « Il Capro e la capretta » en déambulant devant le premier rang d’orchestre un verre de champagne à la main (le chef le lui remplissant par trois fois !) déclenche l’hilarité du public. Face à elle, la basse roumaine Balint Szabo a naturellement le métier et l’autorité de Bartolo. Enfin, Bruce Rankin est un Basile aussi rude que majestueux, tandis que la jeune Melody Louledjian (Barberine) déclenche toute l’émotion escomptée dans le sublime « L’ho perduto ».

Mais le plus grand bonheur de la soirée provient de la baguette du chef slovène Marko Letonja, que l’on connaît bien pour l’entendre souvent diriger à Strasbourg l’Orchestre Philharmonique de la cité rhénane dont il est le directeur musical. Sous sa direction, Les Noces de Figaro est un opéra qui frôle parfois le tragique : les tempi frappent par leur lenteur, dès les premières notes de l’ouverture, où une rumeur sourde et menaçante s’élève de la fosse. Le contraste avec des levers et des baissers de rideau particulièrement alertes est saisissant : cette journée doit être comprise comme le prélude à des chambardements chaotiques ! Et pendant les trois heures trente de la représentation, le climat de tension entre les protagonistes ne se relâche jamais, comme s’il s’agissait là d’une autre version du mythe de Don Giovanni

Emmanuel Andrieu

Les Noces de Figaro de W. A. Mozart à l’Opéra des Nations de Genève, jusqu’au 25 septembre 2017

Crédit photographique © Magali Dougados
 

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