Les Joyeuses commères de Windsor à l'Opéra Royal de Wallonie

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En optant pour Les Joyeuses Commères de Windsor d'Otto Nicolaï – un ouvrage qui, même sur les scènes allemandes, a tendance à être considéré comme un brin ringard – l'Opéra Royal de Wallonie démontre avec brio que cet ouvrage n'a fondamentalement rien de simpliste. Une fois admises les lois du genre de l'opéra-comique allemand au XIXe siècle, force est de reconnaître que Nicolaï a écrit là un authentique chef-d'œuvre, capable de trouver son public et de l'émouvoir de nos jours encore.

Dans sa réalisation scénique, le jeune metteur en scène franco-allemand David Herman a opté pour un dépoussiérage radical de l'intrigue, comme nous avons pu le constaté en juin dernier à l'Opéra de Lausanne, où la production a été initialement montée. Nous renvoyons ainsi le lecteur aux commentaires qu'elle nous avait alors inspirés, Herman n'ayant pas revu sa copie entre temps, comme cela arrive parfois lors d'une reprise.

Le grand pianiste allemand Christian Zacharias s'est mué pour l'occasion en maître des cérémonies avisé. D'emblée, il révèle un véritable enthousiasme dans la célèbre ouverture, mais aussi dans des soli très enlevés, jusque dans la danse autour du chasseur Herne.

Tous les chanteurs réunis par Stefano Mazzonis di Pralafera - directeur de la maison wallone - se plient d'emblée aux exigences de la proposition scénique avec un brio certain. L'ensemble est homogène, la machine bien huilée, tout s'enchaîne avec rapidité, chacun tient sa partie plus qu'honorablement. Citons en particulier l'excellente Frau Fluth de la soprano belge Anneke Luyten, qui passe sans encombre de graves poitrinés et impressionnants à des aigus explosifs. Formidable également le couple d'amoureux Fenton/Anna Reich (Davide Giusti et Sophie Junker), de toute première classe, et bien entendu l'infatigable Falsatff du baryton allemand Franz Hawlata qui, très convaincant dans ce rôle de basse-bouffe dont il a l'étoffe tant vocalement que scéniquement, exploite à merveille le double caractère fanfaron et pitoyable du personnage. De leur côté, Werner van Mechelen (Herr Fluth) et Laurent Kubla (Herr Reich) possèdent le calibre idéal pour incarner les deux maris. Enfin, avec son beau mezzo cuivré, Sabina Willeit complète de convaincante manière cette belle distribution.

On se réjouit d'avoir pu entendre deux fois - à si courte intervalle - un ouvrage qui n'a pas connu les honneurs de la scène en France depuis bien (trop) longtemps !

Emmanuel Andrieu

Les Joyeuses commères de Windsor d'Otto Nicolaï à l'Opéra Royal de Wallonie - Le 7 février 2014

Crédit photographique © Jacky Croisier

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