Leonardo Garcia Alarcon dirige Il Giasone de Cavalli à l'Opéra des Nations de Genève

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Œuvre lyrique la plus jouée en son temps, Il Giasone de Francesco Cavalli est un joyau de l’opéra vénitien où se déploie une gamme de sentiments et d’émotions, dont la mise en opposition, en situations dramaturgiques et constellations musicales infiniment variées et pittoresques, ne cesse de susciter un étonnement admiratif. Le traitement des récitatifs, dont la spontanéité semble relever de l’improvisation, a grandement contribué au pouvoir de fascination d’un spectacle qui durait cinq heures à l’origine (mais ramené ici à trois heures). Le Prologue fait intervenir Apollon qui annonce l’union de son arrière-petite-fille Médée à Jason, mais Amour révèle que celui-ci est déjà marié à Hypsipile, reine de Lemnos. L’opéra suit alors les hésitations de Jason entre les deux dames qui briguent mélodieusement ses faveurs. Au final cependant, Jason retourne auprès de sa femme légitime, tandis que Médée convole avec Aegus, le roi d’Athènes. Grâce soit donc rendue à l'Opéra des Nations de Genève qui en propose une nouvelle production, même si celle-ci s’avère décevante. La ligne invariablement rigolarde de la mise en scène signée par la femme de théâtre italienne Serena Sinigaglia ne permet pas d'apprécier à sa juste mesure l'atmosphère de divertimento que Cavalli voulait donner à cet opéra de cour. La nymphomanie y côtoie les muscles en latex et se conclura par un pontifiant « Faites l'amour, pas la guerre » …

Après avoir été à l’origine de la résurrection de Elena en 2013 au festival d’Aix-en-Provence - et plus récemment de Eliogabalo à l’Opéra national de Paris -, l'argentin Leonardo Garcia Alarcon est en passe de devenir le chef d’orchestre le plus rompu aux ouvrages du maître vénitien (il dirigera une autre rareté, Erismena, au prochain festival d’Aix-en-Provence). A la tête de son ensemble la Cappella Mediterranea, Alarcon effectue un travail comme toujours remarquable : fin, coloré, dynamique et d’une présence peu ordinaire.

Côté solistes, le contre-ténor roumain Valer Barna-Sabadus incarne le rôle-titre avec beaucoup de distinction mais on aurait parfois souhaité une voix plus percutante. La mezzo suédoise Kristina Hammarström - déjà applaudie sur cette scène la saison dernière dans Alcina - impose sans difficulté sa Médée, avec l’insolence et l’éclat nécessaires tant d’un point de vue vocal que scénique. Sa rivale est incarnée par la soprano d’origine arménienne Kristina Mkhytarian (Isifile) qui est tout simplement parfaite en éplorée chronique, captivante par son aptitude à traduire le moindre affect. Le reste du plateau laisse en abondance de quoi se divertir, et la horde de seconds rôles assez hauts en couleurs sont tous interprétés avec panache. La basse biélorusse Alexander Milev est un Hercule misogyne, moraliste et envieux à souhait. Sir Willard White, dans le double rôle de Jupiter et de Oreste, est un luxe que s’offre la production. Le baryton turc Günes Gürle campe un Besso brutal et cavaleur, à la voix pleine et consistante. Le vétéran Raul Gimenez (Aegus) impressionne toujours autant par l’aisance et la puissance de son registre aigu. De leurs côtés, Mariana Flores est une virevoltante Alinda et Mary Feminear un Amore aussi dodu que joufflu, à la voix ductile. Restent enfin les deux rôles les plus burlesques : Migran Agdazahnian campe un Demo bègue, intriguant, bossu et couard, avec un solide timbre de ténor, tandis que l’impayable Dominique Visse incarne Delfa, la traditionnelle nourrice travestie, avec une vis comica irrésistible.

Emmanuel Andrieu

Il Giasone de Francesco Cavalli à l'Opéra des Nations de Genève, jusqu’au 7 février 2017 et actuellement disponible sur le site de l'opéra.

Crédit photographique © Magali Dougados
 

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