Le Vaisseau fantôme à l'Opéra national du Rhin

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Du grand n'importe quoi ! Cette seule interjection résume à la fois les sentiments de colère et d'accablement que l'on ressent à la fin de ce Vaisseau fantôme donné à l'Opéra national du Rhin, dans une nouvelle production signée par le régisseur allemand Nicolas Brieger. Dans le genre « élucubration vaseuse », elle est à ranger en bonne place dans tout ce que nous avons pu voir depuis deux décennies – il est vraie sans la fréquentation assidue des quelques scènes allemandes (où sévit d'ordinaire Mr Brieger) qui se sont fait une spécialité de ce type de productions.

Pour éclairer le lecteur, parmi d'autres innovations géniales, voici un faible aperçu de ce qu'on découvre dans ce Vaisseau : un Pilote victime d'onanisme, se frottant la braguette contre tout ce qu'il trouve de protubérant, un choeur de femme, au II, qui agite frénétiquement des landaus grisâtres, tandis que celui d'hommes, au III, arborent des masques de rats, et, pour bien enfoncer le clou, une scène finale nous montrant Senta qui se sacrifie en entrant de son plein gré dans une chambre à gaz ! Si toute la soirée n'atteint pas le même degré d'absurdité, on y trébuche quand même constamment sur ce genre d'« idées » qui se veulent géniales, mais dont quelques mesures à peine de Wagner suffisent à rendre perceptible, de façon criante, le caractère inutile et déplacé. Trop poli sans doute, le public strasbourgeois n'a pas protesté, et a tout supporté sans broncher...

Autre déception, la prestation du baryton britannique Jason Howard - pourtant remarquable Wotan in loco il y a quatre saisons - dans le rôle du Hollandais : la voix bouge, les aigus sont ouverts, le volume sonore très limité, et l'acteur complètement effacé. De son côté heureusement, Ricarda Merbeth – une des sopranos wagnériennes parmi les plus recherchées du moment - incarne une Senta à la fois fragile et d'une flamme constamment ardente, avec un fascinant rayonnement d'expression intérieure. La chanteuse autrichienne n'est jamais prise en défaut tout au long du spectacle, donné ce soir sans entracte, depuis une ballade hantée jusqu'à l'ultime délire sacrificiel. Bravo à elle !

Jeune ténor très prometteur, le belge Thomas Blondelle donne une interprétation idéale d'Erik, grâce à son phrasé impulsif et à l'aisance de son aigu. Enfin, Kristinn Sigmundsson campe un Daland scéniquement convaincant, mais à l'instrument désormais fatigué, Eve-Maud Hubeaux prête son beau timbre cuivré – et un puissant relief - à Mary, tandis que Gijs Van der Linden chante un Pilote à la justesse par trop incertaine.

Placé sous la houlette de son directeur musical Marko Letonja, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg accuse quelques flottements en début de représentation, mais se reprend par la suite, pour offrir un accompagnement riche en tensions intérieures et en contrastes brutaux. Quant au Chœur de l'Opéra National du Rhin, il s’avère musicalement irréprochable. On l'aura compris, la partie musicale sauve la soirée du naufrage.

Emmanuel Andrieu

Der Fliegende Holländer à l'Opéra national du Rhin (jusqu'au 22 février 2014)

Crédit photographique  © Alain Kaiser
 

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