La Veuve Joyeuse clôt le mandat de Pierre Guiral à l'Opéra Grand Avignon

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Pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra Grand Avignon avait prévu de jouer la carte d’une certaine tradition en offrant au public provençal la pétillante Veuve Joyeuse de Franz Lehar, dans une coproduction avec l’Avant-Scène Opéra de Neufchâtel en Suisse, et dans la version française de l’ouvrage (celle des librettistes Flers et Caillavet). Las, la crise sanitaire a obligé la direction du théâtre à ne laisser entrer que quelques journalistes le jour de la première, une représentation donnée dans le cadre d’une captation vidéographique qui sera diffusée sur la chaîne Youtube de l’Opéra Grand Avignon le soir de la Saint-Sylvestre.

Après avoir signé pas moins de trois productions lyriques ici-même à Avignon (Orphée et Eurydice en 2017, Carmen en 2018 et L'Elisir d'amore en 2019), Fanny Gioria réalise la mise en scène de cette Veuve Joyeuse. Sans être mémorable, elle mêle tradition de bon aloi (un acte II aussi coloré que vrombissant) et mise en abime (celle du théâtre dans le théâtre au I et III), mais n’en file pas moins bon train pendant les trois heures que dure le spectacle avec deux entractes pour permettre les changements des imposants décors conçus par Eric Chevalier. La production oppose ainsi les scènes de groupe endiablées aux vignettes intimistes empreintes d’humour. Actualisés, les dialogues parlés font parfois référence à l’actualité, sous forme de boutades et autres clins d‘œil, comme le veut la tradition également…

Dans le rôle de la veuve courtisée pour ses millions, la jeune soprano franco-américaine Erminie Blondel (qui nous a accordé une interview) chante avec un timbre lumineux et des aigus assurés, même s’il lui manque parfois un peu de puissance pour donner toute sa plénitude à la voix. Quant à l’incarnation, elle s’avère envoûtante : le charisme de la chanteuse et l’élégance de ses gestes répondent à un physique que l’on croirait tout simplement inventé pour le rôle. Danilo aux allures de dandy plus que de noceur, Philippe-Nicolas Martin (Belcore dans la production de L’Elisir précitée) prête à son personnage sa voix claire, ce qui lui confère expressivité et jeunesse. Du coup, il ne peut que nous enjôler dans la valse tant attendue (« Heure exquise »). De son côté, Caroline Mutel campe une Nadia meneuse de revue, et pour tout dire véritable « vamp » : elle donne beaucoup de vigueur à sa partie, en un contraste plaisant avec l’officier coureur de jupon que chante le jeune ténor français Samy Camps qui a parfois, ce soir, maille à partir avec la tessiture élevée de Camille de Coutançon. Les pantins de Popoff (Guillaume Paire), Figg (Batpiste Joumier), Lérida (Pierre-Emmanuel Roubet) et D’Estillac (Jean-François Baron) bénéficient d’excellents chanteurs-acteurs, ce qui contribue au succès du spectacle.

Sous la direction fougueuse de Benjamin Pionnier, l’Orchestre National Avignon-Provence et le Chœur de l’Opéra Grand Avignon (toujours parfaitement préparé par Aurore Marchand) se déchaînent jusqu’au finale après lequel, comme le veut la coutume, on voit défiler sur scène tous les interprètes, y compris le chef, tandis que l’orchestre fait entendre plusieurs fois d’affilée le motif du Can-Can de chez Maxim’s. Même sans public, la fête était au rendez-vous !

A noter enfin que cette production marquait les adieux de Pierre Guiral (comme directeur artistique) à l’Opéra Grand Avignon, tandis que Frédéric Roels (le nouveau maître des lieux) offrira un Chevalier à la rose, en janvier prochain, pour initier son premier mandat. 

Emmanuel Andrieu

La Veuve joyeuse de Franz Lehar à l’Opéra Confluence d’Avignon (en live le 27 décembre, puis en streaming le 31 décembre à 20h30 sur la chaîne Youtube de l’Opéra Grand Avignon).

Crédit photographique © Cédric Delestrade

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