La Calisto à l'Opéra national du Rhin : le retour en force de Cavalli

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Après Eliogabalo au Palais Garnier en début de saison, Il Giasone à l’Opéra des Nations de Genève en février dernier, et avant Erismena en juillet prochain au festival d’Aix-en-Provence, le moins que l’on puisse dire est que Francesco Cavalli a le vent en poupe ces derniers temps, comme en témoigne également une nouvelle production de La Calisto, actuellement à l’affiche de l’Opéra national du Rhin (qui profitait de la première pour annoncer sa saison 17/18).

Connu pour être le meilleur élève de Claudio Monteverdi – Mazarin exigera sa présence à Paris en 1660 pour la reprise de Xerse et Ercole amante – Francesco Cavalli (1602-1676) est également l’un des premiers compositeurs à avoir travaillé pour des spectateurs payants : La Calisto fut d’ailleurs créée au Teatro Sant’Apollinare de Venise. Sur un texte de Giovanni Faustini, avocat, impresario en même temps que librettiste favori du compositeur, l’ouvrage s’inspire librement des Métamorphoses d’Ovide : la légende de la jeune nymphe aimée de Jupiter sous les traits de Diane et transformée en ourse par la jalouse Junon, devient ici un jeu de l’amour et du hasard, plein d’espièglerie où les aventures de Diane et d’Endymion se superposent à l’intrigue principale dans un chassé-croisé de déguisements. C’est de son caractère allusif et ambigu que La Calisto tire l’essentiel de son charme : un mélange entre une sensualité non dite et la clarté des sentiments, une fluidité du récit où le rire et les larmes, le désir et la vengeance s’enchaînent avec naturel. La filiation monteverdienne ressort avec évidence dans l’importance accordée aux récitatifs, ou dans l’expansion lyrique de certaines arie, mais la vitalité ludique de l’ouvrage affirme la personnalité propre d’un élève à l’imagination fertile.

Après les ratés qu’ont été ses dernières productions, Il Ritorno d’ulisse in Patria au TCE en mars dernier et surtout Armida à l’Opéra de Montpellier à la même période, nous avions quelques appréhensions de découvrir le nouveau travail de Mariame Clément. Sans être sa meilleure réalisation, reconnaissons que le spectacle se laisse regarder et affiche une certaine cohérence. Avec l’appui de sa fidèle scénographe Julia Hansen, les deux femmes transposent l’action dans un zoo et ont imaginé un décor unique composé d’un grand cylindre en partie creux (la partie évidée sert tour à tour de demeure à Junon ou de cabinet vétérinaire), surplombé d’une plateforme. Le reste du plateau est occupé par un(e) ours (en anticipation du futur destin de la malheureuse Calisto), qui sera plus tard euthanasié(e) - à la demande de Junon -, mais dont l’âme, grâce à l’intervention de Jupiter, rejoindra à la toute fin un magnifique ciel étoilé (la Grande Ourse). Bestaire plus présent encore, celui de nombreux satyres qui – c’est à peu près la seule faute de goût du spectacle – arborent des attributs sexuels volumineux qu’ils brandissent parfois comme un étendard…

Vocalement, c’est la soprano russe Elena Tsallagova qui, dans le rôle-titre, obtient la palme de la soirée, grâce à son timbre cristallin et sa merveilleuse caractérisation du rôle, toute en finesse et en candeur. L’autre triomphateur est sans conteste l’Endimione du contre-ténor italien Filippo Mineccia, à la voix superbement projetée et au chant d’une troublante poésie dans son adresse à la lune au début de l'acte II. Raffaella Milanesi campe une remarquable Giunone (également Destino), et on admire autant sa prestance scénique que sa science du chant qui fait merveille dans son grand air du III « Moglie mie sconsolate ». De son côté, le baryton italien Giovanni Battista Parodi (Giove) déçoit un peu, car il manque de faconde pour incarner le mari menteur et cavaleur du livret, mais aussi d’épaisseur vocale. La mezzo (originaire d’Alaska) Vivica Genaux est un luxe dans le rôle de Diana (également Eternità), avec un registre grave toujours aussi saisissant. Le vétéran Guy de Mey confère au rôle travesti de Linfea autant de drôlerie que d’humanité, quand Mercurio est campé avec beaucoup d’aplomb par le baryton biélorusse Nikolay Borchev. Enfin, si le contre-ténor russe Vasily Khoroshev déploie un chant lumineux en Satirino, Lawrence Olsworth-Peter s’avère lui catastrophique tant en Pane qu’en Natura, incapable qu’il est d’émettre le moindre aigu sans détimbrer ou s’étrangler.

En fosse, c’est Christophe Rousset qui officie à la tête de son ensemble Les Talens lyriques, composé d’une quinzaine de musiciens seulement. Le chef français en obtient une finesse sonore et une variété de couleurs qui rendent justice au chef d’œuvre de Cavalli… et qui concourent pleinement à la réussite de la soirée !

Emmanuel Andrieu

La Calisto de Francesco Cavalli à l’Opéra national du Rhin, jusqu’au 14 mai 2017

Crédit photographique © Klara Beck
 

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