José Cura, Immense Otello à l'Opéra Royal de Wallonie

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Quelques mois après avoir mis en scène le rare opéra de Giuseppe Verdi qu’est Jérusalem, Stefano Mazzonis di Pralafera reprend, en guise de clôture de la saison liégeoise, une ancienne production d’Otello, également montée par ses soins. Comme à son habitude, l’homme de théâtre italien ne va pas chercher midi à quatorze heures, et se contente d’illustrer le livret, dans une tradition bien établie (mais une tradition qui tend à disparaître partout, sauf à Liège justement…) : la scénographie et les costumes (assez laids au demeurant…) plongent ainsi les spectateurs dans une Renaissance colorée et vivante. Même si elle apporte une touche de « modernité » à l’ensemble, la structure métallique qui soutient la scène fait – en revanche – vraiment tâche... Quant à la direction d’acteurs, Mazzonis innove, en faisant poignarder Desdémone par Otello (qui est censé l’étouffer) tandis que Cassio poignarde Iago qui vient mourir, à l’instar du héros, au pied du lit de l'héroïne agonisante.

Ce n’est toutefois pas pour la mise en scène que nous faisions le déplacement, mais bien pour le rôle-titre, incarné ici par le célèbre ténor argentin José Cura, entendu ici-même en début de saison dans Turandot. Nous ne sommes pas prêts d’oublier, peu avant le baisser de rideau, une mort murmurée avec des nuances exemplaires. Et à l’exception d’un « Exultate ! » curieusement négociée, Cura affiche une forme vocale qu’on ne lui avait pas connue depuis le temps de sa splendeur (c’est-à-dire au début des années 2000, où nous l’avions entendu dans cette même partie au Liceu de Barcelone), et reste donc un des interprètes les plus idiomatiques du rôle aujourd'hui – et pour parler franc un immense Otello –, d’autant que Jonas Kaufmann ne semble pas avoir pleinement convaincu notre confrère britannique Sam Smith qui l’a entendu au ROH la même semaine...

Avec un timbre peu attrayant et un vibrato trop prononcé, la soprano italienne Cinzia Forte force néanmoins l’estime par sa technique et son art du chant, avec un « Ave Maria » délivré de manière touchante. Dans le personnage de Iago, l’excellent baryton français Pierre-Yves Pruvot triomphe avec un mélange d’assurance, de subtilité et de réjouissante ironie, remportant un succès personnel hautement mérité au moment des saluts. Enfin, le Cassio stylé du ténor italien Giulio Pelligra se distingue particulièrement, tandis que les comprimari tiennent dignement leur rang, hors l’impossible Emilia de la liégeoise Alexise Yerna dont la voix est désormais réduite à sa trame, et qui ne délivre plus que des cris d’orfraie en guise de chant.

Très à l’aise dans le répertoire verdien, le chef italien Paolo Arrivabeni – qui dirige là son dernier concert en tant que directeur musical de maison wallone – apporte à sa lecture cette intensité dramatique sans laquelle Otello s’enfonce dans l’apathie ; d’une rare précision technique, il dirige avec brio un Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie que l’on sent complice, l’exécution atteignant des sommets dans les passages épiques, tels que l’Introduction ou le « Si pel Ciel ». Quant au chœur maison, toujours remarquablement préparé par Pierre Iodice, il se révèle puissant, précis, vigoureusement nuancé dans le « Fuoco di gioia », et d’une cohésion jamais prise en défaut.

Un petit mot, en guise de conclusion, sur la saison prochaine qui s’annonce particulièrement alléchante avec – entre autres productions – une Manon Lescaut avec Anna Pirozzi et Marcelo Giordani, une Norma avec Patrizia Ciofi et Gregory Kunde, une Favorite avec Sonia Ganassi et Celso Albelo ou encore un Macbeth affichant l’inusable Leo Nucci dans le rôle-titre !

Emmanuel Andrieu

Otello de Giuseppe Verdi à l’Opéra Royal de Wallonie (juin 2017)

Crédit photographique © Lorraine Wauters / Opéra Royal de Wallonie

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