Jean-François Borras et Karine Deshayes magnifient Werther au Festival d'été de Vichy

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C’est par un concert d’exception que s’est ouvert – devant un parterre malheureusement plus que clairsemé – le Festival d’été de l’Opéra de Vichy (que le jeune et sémillant nouveau directeur Martin Kubich entend bien redynamiser après quelques années de relative torpeur…). Avant une production scénique du Barbier de Séville, et un concert dédié à la fameuse Trilogie verdienne, c’est donc une version de concert de Werther de Jules Massenet qui a mis le feu à la magnifique salle blanc et or de l’institution auvergnate.

A tout seigneur tout honneur, deux semaines après sa superbe prestation dans Mefistofele aux Chorégies d’Orange, le ténor monégasque Jean-François Borras offre un chant où tout frémit et s’engage, explorant avec une forme exceptionnelle d’acharnement l’ensemble des dimensions vocales du rôle-titre : l’élégie et l’héroïsme, l’élégance et la rage, la voix, poussée jusqu’à ses ultimes retranchements, tient néanmoins toujours, et avec la plasticité, le legato requis, car sous la versatilité du héros goethien se cache une détermination d’acier. Karine Deshayes ne lui cède cependant en rien, et incarne une Charlotte mémorable. Chez elle, la concentration est palpable, et même contagieuse. Peut-être les trois airs consécutifs du troisième acte, qu'elle chante sans jamais forcer, émission claire, timbre mordoré, diction immaculée, restent le sommet de la soirée, aux côtés d'un Lied d’Ossian admirablement maîtrisé par son partenaire masculin. Et si l’on peut aimer Charlotte plus dramatique et grave, il n’empêche que la mezzo française traduit chaque frémissement du rôle avec une souplesse désarmante et avec la projection d’une voix entrée dans sa maturité.

Autour de ces deux vraies stars, que du bon, à commencer par la jeune soprano québécoise Florie Valiquette qui trouve en Sophie un emploi qui convient idéalement à ses moyens : voix piquante, souple, d’une formidable liberté. De son côté, Jean-Sébastien Bou est un Albert stylé et élégant, tandis que – dans le rôle des comparses Johann et Schmidt – Antoine Garcin et Rodolphe Briand réussissent à nous intéresser aux babillages des amis du Bailli, un Vincent Le Texier sobre et bonhomme.

Et si ce Werther de concert tourne au triomphe, c’est également grâce à Pierre Dumoussaud qui tient – cette fois (cf : une Lucia de triste mémoire à Bordeaux) – tout entre ses mains : cravachant les musiciens de l’Orchestre des Forces Majeures qui ne rechignent pas un seul instant à la tâche, le jeune chef français façonne amoureusement, soigne la moindre courbe, galbe chaque phrasé, et chauffe à blanc dans un crescendo lyrique infini. Grande soirée, pour ne pas dire soirée historique !

Emmanuel Andrieu

Werther de Jules Massenet à l’Opéra de Vichy, le 22 juillet 2018

Crédit photographique © Opéra de Vichy

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