Giuliano Carella sauve et magnifie Tosca à la Semperoper de Dresde

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Créée en 2009 in loco, à la Semperoper de Dresde, cette production de Tosca de Giacomo Puccini signée par Johannes Schaaf s'avère une vraie réussite, à la fois visuellement et théâtralement. Ses personnages ne se perdent pas en gesticulations et déplacements inutiles, mais sont cernés avec précision, efficacité, exactitude. Tosca n'est pas seulement une passionnée naïve et incontrôlable, comme on la voit souvent, et Mario est un jeune artiste spontané, un peu dépassé par tous ces événements, étrangers au paisible univers qu'incarne la Madeleine qu'il peint. La scénographie conçue par Christof Cremer – qui respecte le temps et le lieu de l'action - est placée sous le signe de la sobriété : une économie de moyens capable de recréer le climat théâtral de cet ouvrage centré autour des liens névrotiques qui se tissent entre les trois protagonistes. Dans ce cadre volontairement privé de toute somptuosité – y compris dans les costumes sévères – et de lumière, l'interprétation scénique et vocale du rôle-titre s'inscrit avec une grande évidence.

De fait, la soprano chinoise Hui He – dont la Leonora l'été dernier aux Chorégies d'Orange nous avait particulièrement touchés - livre une prestation tout simplement magnifique. Son timbre mordoré, que rehausse l'éclat d'harmoniques riches et maîtrisés, se plie impeccablement au recitar puccinien. L'actrice est intense, sans cabotinage, et ses derniers instants font courir le frisson dans le public... qui l'ovationne avant même les ultimes accords. Le ténor ukrainien Dmytro Popov tient fort bien la partie de Caravadossi : le timbre est d'un métal solide, l'allure juvénile et sympathique, et si son type d'émission s'avère un peu « en arrière » (ce qui nous vaut des aigus manquant parfois d'éclat), on retiendra cependant un très beau « E lucevan le stellle » ainsi qu'un duo final riche en nuances.

Dans le rôle de Scarpia, le baryton polonais Andrzej Dobber – formidable Boccanegra à Lyon il y a deux saisons - se montre aussi remarquable acteur que chanteur : quelques œillades bien ajustées, le geste coupant, la démarche volontaire suffisent à poser son personnage d’aristocrate tyrannique et sarcastique. Pervers et séducteur, ce Scarpia qui joue autant avec les nerfs de Tosca qu’avec ceux des spectateurs emporte totalement l’adhésion. Par ailleurs, la couleur de la voix du chanteur, puissamment efficace dans le Te Deum, nourrit une ligne sinueuse d’une admirable malléabilité. Parmi les seconds rôles, il convient de souligner les fort bonnes prestations de Thomas Jesatko (Sacristain), de Martin-Jan Nijhof (Angelotti) et de Tom Martinsen (Spoletta).

Mais le héros de la soirée est sans conteste le maestro Giuliano Carella, appelé à sauver la représentation en remplaçant au pied levé son compatriote Paolo Arrivabeni, victime d'un malaise le matin même. Présent à Dresde pour diriger rien moins que deux représentations de Carmen le lendemain (une en matinée, une en soirée), c'est donc le pari (la prouesse !) de diriger trois opéras en vingt-quatre heures que Carella vient de tenir dans la capitale de la Saxe. Grand spécialiste du répertoire puccinien, le chef italien confirme une nouvelle fois - à la tête de cet orchestre d'exception qu'est la Staatskapelle de Dresde - ses affinités avec cet univers, par un constant souci de maintenir la tension et la vibration intérieure du discours dramatique : avec Carella, ce chef d'œuvre est un authentique moment de théâtre ! La fameuse phalange allemande lui répond avec beaucoup de précision et une grande variété dans la palette des couleurs, la soirée culminant sur une scène finale menée à un rythme haletant, sans jamais sacrifier la clarté des textures.

Une grande soirée puccinienne !  

Emmanuel Andrieu

Tosca de Giacomo Puccini à la Semperoper de Dresde, le 7 mai 2016

Crédit photographique © Matthias Creutziger

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