Fidelio au Grand-Théâtre de Genève

Xl_fidelio1 © Carole Parodi

Pour clore sa saison, le Grand-Théâtre de Genève propose l'unique opéra de Beethoven, Fidelio. Pour ses débuts in loco, le metteur en scène allemand Matthias Hartmann propose une vision moderne et même high-tech de ce chef d'œuvre de l'art lyrique. L'action se déroule dans une prison à l'américaine, aseptisée, d'un blanc clinique, où des modules descendent des cintres ou surgissent des côtés, voire du sol, pour caractériser  différents lieux : buanderie de Marzelline, poste de surveillance de Jaquino ou cage des prisonniers. A l'inverse, l'acte II plonge protagonistes et spectateurs dans un immense cratère sombre et glauque, dans lequel croupit Florestan, et qui convient parfaitement au drame. C'est habile et surtout la musique n'est ici jamais violentée.

La Leonore de la soprano russe Elena Pankratova mérite tous les éloges, très crédible scéniquement, et vocalement superlative. Cette voix de lumière, homogène dans tous les registres, vient superbement à bout du terrible air « Abscheulicher », couronné par un aigu rayonnant. Face à elle, malheureusement, le Florestan poussif et étranglé dans l'aigu de Christian Elsner lasse rapidement, d'autant que le jeu de l'acteur s'avère tout aussi limité. Albert Dohmen campe lui un Rocco phénoménal, tant par son aisance scénique que vocale, quand Detleth Roth sacrifie à la (mauvaise) tradition des Pizzaro fruste et hurleur. La voix du jeune Manuel Günther offre d'autres satisfactions, avec un instrument clair et bien projeté, tandis que la soprano australienne Siobhan Stagg, dotée d'un timbre frais et lumineux, impose une Marzelline déterminée. De son côté, le Chœur du Grand-Théâtre de Genève, celui des prisonniers comme celui du dernier tableau - que Steinberg dirige vraiment dans l'esprit du finale de la Neuvième Symphonie - se couvre de gloire.

A l'instar de Falstaff – entendu ces jours derniers à l'Opéra de Marseille -, Fidelio est avant tout un opéra de chef. A la tête d'un Orchestre de la Suisse Romande magnifique, la direction du chef israélien Pinchas Steinberg est claire, fluide, elle a du rythme, de la couleur, son Ouverture est brillante, et atteint même - dans le finale - à la dimension universelle de l'esprit beethovénien.

Emmanuel Andrieu

Fidelio de Ludwig van Beethoven au Grand-Théâtre de Genève, jusqu'au 25 juin 2015

Crédit photographique © Carole Parodi

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