Festival d'Aix 2018 : une Flûte enchantée féerique !

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Pour sa reprise au Festival d’Aix-en-Provence, après y avoir été présentée une première fois en 2014, la production de La Flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart imaginée par Simon McBurney (créée à l’Opéra d’Amsterdam en 2012) a constitué indubitablement le moment le plus fort de cette 70e édition de la manifestation provençale, par la conjonction et la fusion de tous les éléments qui font une grande soirée d’opéra.  

Pour commencer, l’extraordinaire mise en scène du célèbre comédien britannique est un enchantement, à la fois pour l’esprit autant que pour les yeux. Pendant l’ouverture, un personnage vient tracer à la craie sur un immense tableau le générique de l’ouvrage. Plus tard, dans une scénographie épurée, hormis quelques chaises éparses, d’étranges figurants prennent place, et, munis de feuilles de papier, singent le bruissement d’ailes d’oiseaux (ceux de Papageno). L’image est forte, d’une poésie hardie, mais à l’image de la réalisation intrépide et rafraîchissante de McBurney. Le grand plateau se fait ensuite tour à tour prison, table des disciples de Sarastro, ou scène resserrée, capable de tous les degrés d’inclinaison. Une table, à gauche de la scène, est le point d’ancrage d’un dessinateur qui brosse, en quelques traits, des éléments de décors qui sont immédiatement projetés sur le fond de scène ou sur le rideau d’avant-scène… tandis qu’à droite, un bruiteur placé dans une cabine, réalise - en direct également - toute sorte d’effets sonores. Bref, un peu de vidéo, des éclairages superbes, une direction d’acteurs millimétrée, et pas mal d’imagination font le reste : une Flûte qui reste fidèle au texte mais qui renouvelle l’imagerie traditionnelle.

Le plateau vocal est le second grand bonheur de la soirée. On retrouve, quatre ans après, le magnifique Tamino de Stanislas de Barbeyrac, et ainsi son timbre solaire et sa technique châtiée : un prince qui sait par ailleurs concilier caractère volontaire et engagement amoureux. La Pamina n’a pas changé non plus, et l’on ne s’en plaindra pas, tant la suédoise Mari Eriksmoen (frémissante Mélisande à l'Opéra de Flandre en mai dernier) est un modèle de pureté vocale, que n’exclut pas un registre grave soutenu. Egalement présent en 2014, Thomas Oliemans campe un remarquable Papageno, qu’il chante avec une assurance et un sens de la musicalité qui lui font honneur, au regard de l’engagement physique auquel il est soumis. De son côté, l’américaine Kathryn Lewek, avec ses aigus impeccables et ses vocalises ciselées, est une Reine de la Nuit tranchée, affirmée, impressionnante d’aplomb. Le Sarastro de la basse russe Dimitry Ivashchenko (sonore Escamillo au Théâtre du Capitole en avril dernier) déploie une voix solide et un timbre séduisant, vocalement parlant, mais bénéficie également, scéniquement parlant, de toute la prestance et l’autorité requises par son personnage. Judith van Wanroij, Rosanne van Sandwijk et Helena Rasker forment un parfait trio de Dames et, ce qui est plus rare encore, les Génies, issus de la Chorakademie de Dortmund, chantent juste et en mesure. Lilian Farahani (Papagena) est un modèle de fraîcheur et de vivacité tandis que Christian Immler offre sa voix sonore au Sprecher. Seul Monostatos déçoit, un Bengt-Ola Morgny plutôt terne et sans projection.

A la tête de son Ensemble Pygmalion, le jeune chef français Raphaël Pichon propose un véritable festin instrumental, pour peu que l’on s’oblige à un réel effet d’attention (la salle du Grand-Théâtre de Provence est vaste, et la formation orchestrale baroque réduite…). Délicatesse des sonorités et transparence des textures lèvent tout obstacle à la perception d’exquis dialogues entre les pupitres, raffinements d’ordinaire plutôt réservés à la musique de chambre. Bref, impossible de décrocher de cette lecture ductile, qui réussit à paraître ni maniérée ni démonstrative, en dépit de son originalité.

Une soirée de festival où plus rien ne semble peser ni durer : on ne peut que succomber à une telle féerie…

Emmanuel Andrieu

La Flûte enchantée de W. A. Mozart au 70e festival d’Aix-en-Provence, jusqu’au 24 juillet 2018

Crédit photographique © Festival d’Aix-en-Provence
 

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