Deux opéras en un acte d'Offenbach en ouverture de saison monégasque

Xl_mc

En nos temps troublés et angoissés, Jacques Offenbach est une thérapeutique infaillible pour nous donner quelques instants de gaîté saine ; et sa musique toujours vive, étincelante, pleine d’inventions, d’une verve et d’une veine mélodique irrésistibles, nous redonne une euphorie toujours bienvenue. Aussi n’est-il pas étonnant – même si la vie sur le Rocher semble moins dure que partout ailleurs… –, que l’Opéra de Monte-Carlo ait choisi d’ouvrir sa saison avec deux petites pépites issues des quelque 107 ouvrages lyriques que nous devons au « Petit Mozart des Champs-Elysées ». Pour les défendre, Jean-Louis Grinda a fait venir les meilleurs éléments de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, ce centre de formation artistique à rayonnement international pour jeunes chanteurs dont peut s’enorgueillir la Belgique, surtout quand on sait qu’elle compte l’illustre José Van Dam (présent dans la salle) et la grande Sophie Koch comme professeurs…

Si le premier titre retenu, Un Mari à la porte, créé en 1859 au Théâtre des Bouffes-Parisiens, n’est pas un des meilleurs d’Offenbach, tant par son livret convenu et alambiqué à la fois, que par sa musique peu fournie, le second n’est autre que le désopilant Monsieur Choufleuri restera chez lui, créé deux ans plus tard dans le même théâtre. Cet ouvrage est bien connu des amateurs d’Offenbach, à la fois pour son livret – signé par « Mr de Saint-Rémy » (autrement dit, le Duc de Morny, demi-frère de Napoléon III) et, surtout, pour son grand « trio italien ». Rappelons que le riche Choufleuri, pour faire accourir les foules dans son salon, engage trois étoiles du chant – la soprano Henriette Sontag, le ténor Rubini et la basse Tamburini – qui, hélas, se décommandent au dernier moment… Il appartient dès lors au père, à la fille et à l’amant de se faire passer pour eux, dans un italien plus qu’approximatif, et sur un pastiche féroce des canons artistiques de l’époque…

Avec trois bouts de ficelles, Yves Coudray – à qui était confiée la « mise en espace » du concert – parvient à faire vivre les différentes situations avec quelques éléments de mobilier d’un intérieur bourgeois (dont l’indispensable cheminée…) pour le premier opus, renforcés par des vidéos de vues choisies de la Capitale et de l’intérieur de l’Opéra de Monte-Carlo pour le deuxième. Une direction d’acteurs toujours juste et drôle fait le reste pour donner beaucoup de dynamisme à la soirée.

Du côté des (jeunes) chanteurs – commençons par leur point faible avant de se concentrer sur leurs qualités respectives –, force est de constater que la diction de la plupart des interprètes (surtout celle des femmes) laisse à désirer : en l’absence de surtitres, on est loin de tout comprendre du texte. Vocalement, on se retrouve face à une troupe qui chante avec entrain sans que la mécanique scénique et musicale se grippe une seule seconde. Dans Monsieur Choufleuri, le comique ne fonctionne correctement que si les chanteurs sont réellement capables d’interpréter le répertoire belcantiste… et c’est heureusement le cas ce soir, grâce au timbre élégiaque de Pierre-Emmanuel Roubet (Chrysodule), du soprano sûr et fruité de Dania El Zein (Ernestine), et du baryton sonore et bien timbré d’Alexandre Artemenko (Choufleuri). Quant à Fabien Hyon, alias Petermann, le majordome à l’impayable accent belge, il fait également bonne impression, avec son jeu bondissant et sa voix plutôt corsée pour un ténor, tandis que Mathilde Legrand, en Invitée, fait virevolter une voix chatoyante et prometteuse. Enfin, n’oublions pas de citer le piano de Kira Parfeevets (également chef de projet), d’un indéfectible soutien aux chanteurs, et n’hésitant pas à donner de sa personne, scéniquement parlant, dans l’hilarant Monsieur Choufleuri.

Avant les drames annoncés dans la saison – Samson et Dalila, Luisa Miller et autre Otello –, un peu de bonne humeur et de folie dans la sublime Salle Garnier !

Emmanuel Andrieu

Un Mari à la porte et Monsieur Choufleuri restera chez lui à l’Opéra de Monte-Carlo

Crédit photographique © Alain Hanel

| Imprimer

En savoir plus

Commentaires

Loading