De somptueux Troyens au Festival Berlioz

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Nous n’avions malheureusement pas assisté au premier épisode des Troyens de Hector BerliozLa prise de Troie ») au Festival qui lui est consacré à La Côte Saint-André, sa ville de naissance située à mi-chemin entre Lyon et Grenoble. C’était à l’été 2019, et la suite – « Les Troyens à Carthage » (actes 3 à 5) – a été victime de la pandémie l’année dernière, le projet n’ayant été enfin concrétisé qu’en ce 22 août 2021, pour le plus grand plaisir d’un public qui a fait un indescriptible triomphe à tous les acteurs de cette véritable réussite.

Elle repose avant tout sur le travail réalisé par le chef français François-Xavier Roth qui a réuni ici les deux formations qu’il a créées : l’Orchestre Les Siècles et le Jeune Orchestre Européen Hector Berlioz-Isère, les instrumentistes chevronnés du premier ensemble épaulant les jeunes pousses du deuxième, issues des meilleurs conservatoires de toute l’Europe. Il y accomplit un superbe travail sur les coloris instrumentaux, en veillant à ménager les équilibres aussi bien entre pupitres que fosse et plateau. Toujours solide, sa direction possède la flamme et la passion requises, mais aussi de sensualité comme lors du sublime air « Nuit d’ivresse et d’extase infinie ». De leur côté, les Chœurs réunis de l’Orchestre de Paris (dirigé par Lionel Sow) et du Forum National de la Musique de Wroclaw (dirigé par Agnieszka Franków-Żelazny) méritent les plus vives louanges, d’autant qu’ils sont maniés par François-Xavier Roth avec un sens inouï du souffle dramatique.

Dans le rôle de Didon (après avoir interprété celui de Cassandre en 2019), Isabelle Druet campe une étonnante Didon dont le chant gagne en ampleur au fil de la soirée. Souvent entendue dans le répertoire baroque, la voix s’est visiblement épaissie dans le haut du registre, sans rien perdre de son aisance dans le grave. Sa scène finale est l’un de ces moments inoubliables où le temps semble suspendre son vol. Face à elle, Mirko Roschkowski endosse l’habit d’Enée avec une aisance et une endurance confondantes. Ne donnant jamais l’impression de forcer dans cette tessiture inhumaine, le ténor allemand enchaîne les aigus claironnants, tout en sachant faire preuve de lyrisme dans les épanchements amoureux.
Vincent Le Texier offre sa superbe présence au personnage de Narbal, dont il ne possède cependant pas tous les graves exigés par ce rôle prévu pour une basse. On aurait préféré y entendre François Lis (récemment interviewé dans ces colonnes) qui ne fait qu’une bouchée de celui de Panthée. Moins convaincante s’avère l’Anna à la diction incompréhensible et quelque peu fatiguée de Delphine Haidan, tandis qu’à l’inverse l’Ascagne de Héloïse Mas s’avère plein de fougue, avec un timbre délicieusement ambré. En Iopas, Julien Dran offre un exquis « O Blonde Cérès », avec des aigus sûrs et chaleureux qui sont un vrai baume pour l’oreille, tandis que François Rougier, avec un timbre moins flatteur, ne remplit pas moins toutes les cases du « style français ». Une mention enfin pour les interventions remarquées de Damien Pass et de Thomas Dolié dans différents petits rôles, dans lesquels leur registre grave fait grande impression.

Un mot, en guise de conclusion, sur la version retenue, à savoir celle créée au Théâtre Lyrique de Paris en 1863, qui comporte l’intervention d’un rapsode racontant au public les péripéties de la Prise de Troie ; il est ici incarné par le sociétaire de la Comédie Française Eric Génovèse, qui s’acquitte avec brio de sa tâche.

Emmanuel Andrieu

Les Troyens à Carthage de Hector Berlioz au Festival Berlioz, le 22 août 2021

Crédit photographique © Bruno Moussier

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