David Bösch signe un brillant Idomeneo à l'Opéra de Flandre

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Étrennée à Bâle en 2013, la production flamande d'Idomeneo de Mozart est signée par le talentueux et prolifique metteur en scène allemand David Bösch, dont nous avons beaucoup apprécié toutes les propositions scéniques à ce jour : Elektra ici-même en 2014, Les Stigmatisés de Schreker à Lyon en 2015 ou encore Alcina en début d'année à Genève.
Avec son Idomeneo, David Bösch suscite à nouveau notre intérêt en plaçant au cœur de l'ouvrage de Mozart l'imaginaire et les frayeurs de l'enfance. Pour venir à bout des embûches qui jalonnent le chemin qui conduira le couple Ilia/Idamante vers l'amour, il faudra vaincre toutes les inimitiés que la Guerre de Troie a pu provoquer. Cette scénographie se lit à la hauteur d'un regard d'enfant que les dangers environnent. En premier lieu, le retour de ce père dont l'attitude agressive dissimule maladroitement l'amour et le déchirement intérieur. La plage où il accoste sert à la fois de terrain de jeu et de lieu du drame, en témoignent le cheval à bascule et le monstre en papier mâché. Grâce aux projections vidéos de Falko Herold, on passe du sourire à l'effroi à travers une longue déclinaison de visions cauchemardesques (chœur ensanglanté ou immense cimetière). On goûtera au passage l'allusion à la tragédie des Atrides qui offre une explication cohérente à la disparition d'Elettra à la fin du III.

Aux côtés de chœurs superbement préparés par Jan Schweiger (magnifique « O voto tremendo »), la distribution réunie à l'Opéra de Flandre - dont nous avons entendu la seconde en alternance - est d'un assez bon niveau. Dans le rôle-titre, le ténor allemand Lothar Odinius se montre aussi convaincant que lors de sa performance lyonnaise l'an passé, à la fois émouvant et plein d'autorité, notamment dans les récits accompagnés, que n'effraient ni le cantabile d'« Accogli, oh re del mar », ni la virtuosité du redoutable « Fuor del mar ».
Avec son émission soignée et son chant nuancé, la mezzo russe Maria Kataeva dessine un Idamante touchant et intense, tandis que sa consœur arménienne Hasmik Torosyan défend avec efficacité les couleurs d'Ilia, malgré quelques incertitudes dans l'intonation. L'Elettra de la soprano américaine Nicole Chevalier remporte beaucoup de suffrages auprès du public, mais tentée par l'expressionnisme, elle nous semble pourtant sacrifier la pureté de la ligne à l'agressivité et au désespoir des accents. Dans le rôle d'Arbace, le ténor russe Anton Rositskiy a maille à partir avec les roulades de son air « Se il tuo duol, se il mio desio », mais il se distingue néanmoins grâce à son joli timbre. Enfin, Leonard Bernad campe un Oracle magnifiquement sonore tandis qu'Adam Smith offre – en revanche - un chant bien fruste dans le rôle du Gran Sacerdote di Nettuno.

Quant à la direction musicale du chef américain Paul McCreesh, après un début un peu inquiétant à cause de tempi étirés et de quelques sonorités rêches, elle parvient par la suite à ménager des contrastes et des respirations qui nous ont rapidement rassurés.

Emmanuel Andrieu

Idomeneo de W. A. Mozart à l'Opéra de Flandre, jusqu'au 25 mai 2016

Crédit photographique © Annemie Augustijns 

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