Idomeneo à l'Opéra National de Lyon

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Les diverses versions d'Idomeneo aujourd'hui jouées ne se distinguent certes pas toujours par leur cohésion musicale et dramaturgique, les circonstances de la genèse de l'œuvre et de ses révisions ultérieures fournissant trop d'arguments contradictoires, mais souvent jugés pareillement valables en faveur des options adoptées. Une édition théâtrale qui offrirait l'intégralité de la musique composée par W. A. Mozart s'avère de plus en plus utopique dans le contexte actuel, où le metteur en scène attend dans la majorité des cas que l'œuvre le serve au lieu de la servir et ne redoute pas les coupures de passages susceptibles de constituer des obstacles à la réalisation de son « concept ».
Martin Kusej en fournit un exemple poussé à l'extrême dans sa nouvelle production d'Idomeneo à l'Opéra National de Lyon (étrennée en septembre dernier au Royal Opera House de Londres), ouvrage dans lequel il voit le conflit de l'homme avec les dieux et le pouvoir (et le pouvoir pris par la religion). En se fixant sur cette seule idée, le parcours de sa traduction théâtrale est perturbé de multiples entraves qui le poussent à traiter le plus souvent par d'absurdes « facéties », les nombreux passages impossibles à ajuster à son fil conducteur. Ajoutons que, dans la plus pure tradition du Regietheater, la laideur des images convoquées le dispute ici aux clichés, aux incongruités et autres (nombreux) contresens. Oublions...

Par bonheur, la distribution vocale réunie à Lyon par Serge Dorny rachète pour une grand part les errements et les divagations de la proposition scénique. Elle est dominée par l'Idomeneo de Lothar Odinius, au timbre corsée et prenant, aussi émouvant et expressif dans les airs que dans les récitatifs. Dans le fameux « Fuor del mar », le ténor allemand n'est jamais pris en défaut dans l'exécution des vocalises, soutenues par un souffle d'une belle longueur et, surtout, véritablement chargées de sens (les roulades sur le mot minacciar traduisent bien la menace des flots déchaînés). Ilia a le charme et la délicatesse de la voix veloutée, lumineuse autant que sensuelle d'Elena Galitskaya, alors qu'Idamante convient idéalement au timbre charnu de Kate Aldrich, quelque peu en retrait cependant en cette soirée de première, en comparaison de son électrisante Giovanna Seymour (Anna Bolena) à l'Opéra de Toulon en novembre dernier.
Malgré une voix qui tend à se rétrécir dans l'aigu, la mezzo suédoise Ingela Brimberg – incandescente Leonore (Fidelio) au Festival de Verbier en juillet dernier – triomphe des écueils d'Elettra, avec beaucoup de précision et d'efficacité, notamment dans sa dernière aria « D'Oreste, d'Aiace ». On est séduit par le surprenant Arbace du ténor lyonnais Julien Behr : sa voix attachante apporte une dose d'humanité à ce personnage secondaire. Enfin, le Grand Prêtre de Neptune est incarné par Didier Roussel, membre du chœur maison, qui possède une voix puissante et homogène, mais dont on regrettera cependant le style discutable.

A la tête d'un excellent Orchestre de l'Opéra National de Lyon, dont les pupitres sont ici pleinement mis en valeur, et des Chœurs d'un bout à l'autre impeccables (magnifique « O voto tremendo »), le chef sud-africain Gérard Korsten donne une lecture résolue, pleine d'énergie, et qui porte les chanteurs, mais qui respire peu, et se révèle plusieurs fois trop rapide. Il manque particulièrement le raffinement des nuances et du phrasé qui permettrait de parler d'une direction pleinement mozartienne.

Au moment des saluts, une salve de huées est venue sanctionnée le metteur en scène autrichien, tandis que tous les chanteurs ont, quant à eux, reçu un accueil très chaleureux.

Emmanuel Andrieu

Idomeneo à l'Opéra National de Lyon – Jusqu'au 6 février 2015

Crédit photographique © Jean-Pierre Maurin

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