Clémentine Margaine illumine La Favorite de Donizetti à l'Opéra de Marseille

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Il arrive que, dès les premiers instants, une œuvre annonce une tonalité générale, exerce un charme quasiment instantané, qui ne se démentira plus au fil de la soirée. De la représentation de cette Favorite de Gaetano Donizetti – donnée dans sa version originale française sous forme concertante à l’Opéra de Marseille –, par exemple, où tout y est, dès l’abord... et à plein !

La soirée repose avant tout sur les épaules du rôle-titre, confié à la mezzo française Clémentine Margaine, superbe Marguerite (La Damnation de Faust) au Festival Enescu le mois dernierElle nous mène de bout en bout et trois heures durant droit à la fête. Le chant ? talentueux, sophistiqué. La voix ? longue, belle, sur tous les registres. Le timbre ? somptueux, chaud, pulpeux. Le Style ? châtié, tout simplement parfait. Le phrasé ? élégant et fluide. Sans oublier la variété des couleurs, la dynamique de la ligne… Qui plus est, Margaine se construit, en supplément d’âme, une Léonor inspirée, soutenue, émouvante. Bref, aboutie, la chanteuse s’impose, magnifiquement.

Egalement, pour parfaire à ce pur égoïsme du beau chant, le jeune ténor sicilien Paolo Fanale – quant à lui délicieux Fenton (Falstaff) ici-même en 2015 – chante le rôle de Fernand. La voix, particulièrement souple et ductile, joliment timbrée, charme et séduit. Tout comme sa consœur, Fanale possède pleinement le sens des couleurs, de la dynamique, des nuances propres au belcanto, et on lui pardonnera aisément un certain déficit en termes de puissance vocale, d’autant qu’il semble souffrant en cette matinée, le chanteur ne cessant de se racler la gorge et de se dégager les fosses nasales, surtout en seconde partie de spectacle…

Grand habitué de la scène phocéenne – on se souvient de son Hamlet (rôle-titre) l'an passé –, le baryton québécois Jean-François Lapointe possède toute l’autorité d’Alphonse XI. Malgré sa tendance à forcer dans l’aigu, son chant dans le fameux « Jardins de l’Alcazar » évoque le grand Renato Bruson... ce qui n’est pas un mince compliment ! Autre « chouchou » de la maison phocéenne, tout dernièrement magnifique Philippe II (Don Carlo), Nicolas Courjal ne fait qu’une bouchée du rôle de Balthazar : la profondeur et la densité de son interprétation, surtout au dernier acte, emporte ainsi facilement l’adhésion. Enfin, la jeune soprano nîmoise Jennifer Michel (visiblement en attente d’un heureux événement !) est une Inès aussi exquise que délicate, avec sa voix fruitée et à l’émission musicale, tandis que Loïc Félix est loin de se retrouver réduit aux limites d’un simple comprimaro dans la partie de Gaspard.

En fosse, à la tête d’un orchestre et de chœurs « maison » dans une forme superlative, le chef italien Paolo Arrivabeni souligne la composante grand-opéra de la partition de Donizetti, en mettant l’accent sur les contrastes dramatiques, sur le caractère grandiose des concertati, sur la majesté de l’entrée des cuivres. Il est pour beaucoup dans le succès retentissant que récolte la soirée au moment des saluts.

Alors que dans quelques jours retentira le rare Tancredi de Gioacchino Rossini (toujours en version de concert), Marseille confirme son statut de capitale du belcanto en France !

Emmanuel Andrieu

La Favorite de Gaetano Donizetti (en version de concert) à l’Opéra de Marseille, jusqu’au 21 octobre 2017

Crédit photographique © Christian Dresse
 

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