Belmonte et Konstanze prennent l'Orient Express à l'Opéra de Monte-Carlo

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En coproduction avec l’Opéra de Marseille, la nouvelle production de L’Enlèvement au sérail que vient de proposer l’Opéra de Monte-Carlo a suscité un vif enthousiasme auprès du public du Rocher. Après le triomphe remporté in loco par son Mazzepa de Tchaïkovski, il y a quelques saisons, Dieter Kaegi - actuel directeur des Théâtres de Biel/Soleure en Suisse - renoue en effet avec le succès, en proposant une vision très originale du chef d’œuvre de W. A. Mozart. Il transpose ainsi l'histoire dans un Orient Express dont le trajet a été quelque peu modifié puisqu’il permet de rejoindre Monte-Carlo au Caire, via Salzbourg (clin d’œil à Mozart), Budapest et Istanbul. Si le magnifique wagon - conçu par Francis O’Connor (qui signe également les très beaux costumes), et où se déroule toute l'action... - ne quitte pas le plateau, de nombreuses images vidéos en surplomb (signées par Gabriel Grinda) nous font voyager et traverser toutes les villes précitées, de l’ancienne gare monégasque… aux pyramides de Gizeh ! Au cours du voyage, dans ce lieu clos qui respecte cette composante essentielle du livret, les portes coulissantes du wagon laissent entrevoir une multitude de lieux différents, de la voiture-restaurant (où Pedrillo officie) aux cuisines du train (dont Blonde semble la cheffe), en passant par les cabines de voyageurs où il s’en passe de belles : des couples (voire des trios !) - hétéros ou homos - se forment dans les couloirs et glissent subrepticement d’une chambre à l’autre… Bref, on ne s’ennuie pas un seul instant dans cette « relecture » riche en péripéties et en moments ludiques, contrebalancés par des scènes plus douces-amères, comme le moment où les deux héros se font leurs adieux sur le toit du train, avant qu’Osmin ne les y déniche…

De son côté, la réalisation musicale possède également beaucoup d’atouts, à commencer par la direction élégante, sinon toujours assez nerveuse, du chef belge Patrick Davin. La basse allemande Albert Pesendorfer campe un truculent Osmin, à la voix longue et virtuose, même si, idéalement, on rêverait de plus de puissance dans l’aigu et de profondeur dans le grave. Dans le rôle de Belmonte, le jeune ténor normand Cyrille Dubois se confirme comme l’un des meilleurs ténors mozartiens du moment : timbre ravissant, technique solide et musicalité sensible. Un peu plus d’ampleur dans le haut de la tessiture, et notre bonheur serait parfait ! Ce n’est, en revanche, pas la vaillance qui fait défaut au ténor américain Brenton Ryan (Pedrillo) - Lauréat au fameux Concours Operalia en 2016 -, qui arbore une voix puissante et suave à la fois… et un sourire éclatant ! En troupe à la Volksoper de Vienne, sa compatriote Rebecca Nelsen pourrait certes vocaliser plus rapidement, mais elle n’en incarne pas moins une noble Konstanze, à la longue tessiture et à la présence affirmée. C’est cependant la pétillante soprano wallone Jodie Devos qui domine la distribution, grâce à son timbre empli de charme, et sa nature théâtrale débridée : derrière cette Blonde, Susanna pointe souvent le bout de son nez ! Enfin, le grand acteur allemand Bernhard Bettermann donne un incroyable relief à un Selim Pacha, à la fois digne et élégant dans la clémence.

Emmanuel Andrieu

L’Enlèvement au sérail de W. A. Mozart à l’Opéra de Monte-Carlo, le 28 mars 2019

Crédit photographique © Alain Hanel

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