Béatrice Uria-Monzon, royale Lady Macbeth au Théâtre du Capitole

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Comme point de départ - pour cette production de Macbeth de Giuseppe Verdi déjà présentée à Bordeaux et à Nancy -, Jean-Louis Martinoty et son décorateur Benoît Arnould ont semblé prendre leur inspiration dans une des dernières répliques de Macbeth : « La vie est une histoire racontée par un idiot qui ne signifie rien », telle qu'elle apparaît sur l'une des toiles expressionnistes peintes par Ronan Barrot, qui ouvrent chaque acte. Partant de là, le metteur en scène français (décédé en 2016) s'en était donné à cœur joie pour proposer aux spectateurs tout un fatras grand-guignolesque qui était devenu comme sa marque de fabrique dans les dernières années de sa vie. Renouant alors avec ses « tics » habituels, l'ancien directeur de l'Opéra de Paris avait à nouveau versé dans la surcharge, la redondance et la laideur, accentuant gratuitement le côté gore de la pièce tel, entre autres scènes, le meurtre des enfants de Macduff, trucidés de manière très « ostentatoire ». Relevons néanmoins que Frédérique Lombard, en charge de la reprise de son spectacle au Théâtre du Capitole, a choisi de l’alléger un peu en supprimant, par exemple, l’amoncellement de cadavres qui recouvrait le plateau pendant le prélude à la création bordelaise en 2012…

Après ses éclatants succès à Saint-Etienne dans Adriana Lecouvreur en janvier dernier et dans Hérodiade à l’Opéra de Marseille le mois passé, Béatrice Uria Monzon soulève à nouveau l’enthousiasme dans le personnage de Lady Macbeth. Sans poitriner et avec de magnifiques aigus, la mezzo française empoigne d’emblée par son autorité, sa grande beauté en scène et l’intensité de son jeu scénique. Les piani et le phrasé retenu de « La luce langue », comme l’agilité du Brindisi, sont par ailleurs remarquablement assurés, tandis que la scène de somnabulisme (« Una macchia qui tutt’ora ») est superbement couronnée par le contre- bémol (toujours fortement) attendu. Une Lady Mabeth tout simplement royale...

Dans le rôle-titre, le baryton ukrainien Vitaliy Bilyy, déjà applaudi in loco dans Lucia (rôle de Enrico) la saison dernière, privilégie les mezza-voce et autres smorzature, plutôt que les sonorités ouvertes et forcées que nous infligent trop souvent, dans cette partie, nombre de ses collègues. Mais en se montrant si soucieux de ligne et de beau chant, il manque un peu de l’impact vocal requis par le rôle, l’acteur s’avérant, par ailleurs, d’un bien moindre charisme que sa consœur. De son côté, la basse coréenne In Sung Sim campe un Banquo exceptionnel de plénitude dans le son et de fermeté dans l’émission. Certes Macduff n’est pas démesurément difficile mais, au-delà de la qualité naturelle de son timbre, le ténor géorgien Otar Jorjikja y fait valoir une musicalité irréprochable. Quant aux comprimari, ils ont été parfaitement choisis, avec une mention pour l’éclatant Malcolm de Boris Stepanov.

Musicalement, la réussite est tout aussi exemplaire. L’Orchestre national du Capitole est galvanisé par le chef italien Michele Gamba, soucieux de lyrisme et de continuité dramatique. Enfin, le Chœur du Théâtre du Capitole se tire d’affaire avec tous les honneurs, et l’on ne peut que regretter la suppression de son invocation finale (c’est la version dite de Florence qui a été retenue pour cette production).

Emmanuel Andrieu

Macbeth de Giuseppe Verdi au Théâtre du Capitole, jusqu’au 29 mai 2018

Crédit photographique © Patrice Nin

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