Le triomphe de Béatrice Uria-Monzon en Adriana Lecouvreur à l'Opéra de Saint-Etienne

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L’attrait premier de cette production d’Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea à l’Opéra de Saint-Etienne était assurément la prise de rôle de Béatrice Uria-Monzon. Avouons d’emblée que l’attente n’a pas été déçue, et que l’ancienne mezzo reconvertie depuis quelques années dans les grands rôles de soprano lyrique a ici pleinement convaincu. Elle parvient notamment à donner une grande dimension au rôle-titre, sachant imposer un beau legato au « Io sono l’umile ancella » comme au « Poveri fiori », et se montrant tout aussi à la hauteur des pages de vaillance, surtout dans les ensembles. Malgré un timbre puissant et chaleureux, celui-ci s’avère assez malléable pour rendre les inflexions du chant parlé qui, seules, peuvent donner toute leur force incantatoire aux monologues ponctuant le drame de l’héroïne. Un triomphe mérité l’attend au moment des saluts.

En constants progrès, son chevalier servant, le ténor français Sébastien Guèze (Maurice de Saxe), offre le même raffinement de chant, avec des demi-teintes à se pâmer, doublé d’une ardeur et d’un élan tant vocal que scénique qui font mouche sur le public et emporte son adhésion. Visiblement souffrante, en revanche, Sophie Pondjiclis (La Princesse de Bouillon) ne se situe pas sur les mêmes hauteurs que ses deux partenaires, un rôle de toute façon trop large pour les épaules de la mezzo française, dont le chant trop raffiné ne convient pas aux emportements volcaniques et rageurs de ce personnage hors-norme.

Le jeune baryton français Marc Scoffoni confère beaucoup de relief au personnage de Michonnet, avec une certaine sobriété dans l’accent et une ligne de chant soigneusement contrôlée. De leur côté, Carl Ghazarossian campe un Abbé de Chazeuil plein d’esprit et Virgile Ancely un Prince de Bouillon élégant et musical, les autres comprimari (Cécile Lo Bianco, Valentine Lemercier, Mark van Arsdale et Giorgious Iatrou) n’appelant aucun reproche.

Quel plaisir, enfin, de retrouver l’excellent chef italien Fabrizio Maria Carminati au pupitre d’une partition qui lui convient à merveille ! Sa lecture dramatique et passionnée rend justice à tous les aspects de la partition de Cilea, où voisinent la violence des intrigues amoureuses et le parfum plus délicat des fleurs fanées... Quant à la proposition scénique, c’est tout simplement la très belle production signée par Davide Livermore que nous avions vue il y a deux mois en ouverture de saison monégasque. Notons juste que sur l’espace resserré du Grand-Théâtre Massenet (par rapport au Grimaldi Forum), l’action scénique n'y prend que plus de force et de vérité…

Emmanuel Andrieu

Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea à l’Opéra de Saint-Etienne (janvier 2018)

Crédit photographique © Cyrille Cauvet

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