Alex Ollé transpose Madama Butterfly dans un bidonville au Circo Massimo de Rome

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Pour la deuxième année consécutive, le Teatro dell’Opera di Roma a troqué son habituelle résidence d’été aux Thermes de Caracalla contre le Circo Massimo, pour d’évidentes raisons sanitaires. Cela a un prix, et comme l’été dernier, la soirée sera ponctuée par des salves de motos pétaradantes et de sirènes d’ambulances que la sonorisation des artistes et de l’orchestre sera loin de couvrir… Cet été, trois titres y étaient à l’affiche dont Le Trouvère, La Bohème (nous y reviendrons) et Madama Butterfly dans une mise en scène du trublion catalan Alex Ollé, en fait une reprise d’un spectacle monté en 2015 à Caracalla. On y reconnaît la patte anticonformiste du membre du célèbre collectif de La Fura dels Baus, mais sans tomber dans les outrances dont il est parfois friand. Il ne peut s’empêcher de moderniser son propos, et Pinkerton s’avère ici un riche homme d’affaires sans scrupule tandis que la Geisha du livret n’est rien d’autre qu’une jeune fille de notre temps, romantique et naïve, mais pauvre et vivant dans un bidonville dont on voit au loin les tours de la cité florissante dont Pinkerton est un des caïds. Avec toujours des images fortes et lourdes de sens, Ollé inclut par exemple une scène où la spéculation immobilière oblige les habitants de la favela où réside Cio-Cio San à partir pour laisser place aux pelleteuses.

La soprano étasunienne Corinne Winters incarne une magnifique geisha, émouvante au premier acte, palpitante au moment du retour de Pinkerton, bouleversante, enfin, dans l’adieu à son enfant. Avec sa voix chatoyante, empreinte de nostalgie et de déchirements, la chanteuse nous rappelle efficacement que Cio-Cio San n’a rien d’un papillon fragile, mais requiert les talents d’une intense tragédienne... ce qu’elle est incontestablement ! Avec le ténor italien Angelo Villari (en alternance avec Saimir Pirgu), on descend de plusieurs crans avec un chant ne se souciant que de faire du son au mépris de toute nuance, avec même une tendance à chanter faux quand il pousse trop la voix dans ses retranchements. En revanche, la Suzuki d’Adriana Di Paola séduit autant par la franchise de son jeu, très émouvant, que par la richesse du timbre, car sous le semblant de l’effacement, la mezzo italienne n’en laisse pas moins transparaître une voix extrêmement solide. Tout aussi convaincant, le baryton polonais Andrzej Filonczyk qui offre, avec son beau timbre sombre et sa riche palette de couleurs, un Sharpless de grande classe. Enfin, il convient de citer Pietro Picone et Luciano Leoni, respectivement Goro et le Bonze, tous deux pleins d’abattage.

A la tête d’un Orchestre du Teatro dell’Opera di Roma fort bien sonnant, le chef italien Donato Renzetti associe - en un juste équilibre -, lyrisme, passion et poésie. Et le public romain (et international) ne boude pas son plaisir pour faire un triomphe à l’ensemble de l’équipe artistique.

Emmanuel Andrieu

Madama Butterfly de Giacomo Puccini au Circo Massimo de Rome, le 6 août 2021

Crédit photographique © Fabrizio Sansoni

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