Alberto Gazale convainc dans Simon Boccanegra au Palais des Arts de Budapest

Xl_val01725_resize © Valter Berecz / Hungarian State Opera

La veille d’une représentation de Nabucco – aussi enthousiasmante vocalement que décevante scéniquement – au Théâtre Erkel de Budapest, nous avons pu assister à une exécution de Simon Boccanegra (sous format concertant... mais en costumes d'époque !) au fameux Palais des Arts, immense vaisseau de verre et d’acier amarré aux rives du Danube, et dédié à la culture sous toutes ses formes. Dans le superbe Auditorium Bartok, où nous avions entendu un grandiose Rienzi (Wagner) en juin 2017, c’est l’ultime version de l’ouvrage – datée de 1881 et dotée d’une rare puissance dramatique – qui a été retenue.

Dans le rôle-titre, le baryton italien Alberto Gazale n’appelle aucun reproche : il impose notamment une présence humaine forte, et ses duos avec Amelia, en qui il reconnaît sa fille Maria, comme avec son vieil adversaire Fiesco constituent, avec évidemment l’agonie du Doge, les points culminants du chef d’œuvre de Giuseppe Verdi, opéra véritablement bouleversant (et notre préféré du Maître de Busetto, comme nous le soulignons à chaque nouvelle recension de cet ouvrage…). Las, il faudra amèrement regretter la défection (en dernière minute) de la grande soprano hongroise Andrea Rost – qui nous avait déjà fait faux bond dans La Bohème à l’Opéra national de Hongrie en décembre 2016. Avec sa voix de petite souris, sans chair et privée de couleurs, sa collègue et compatriote Adrienn Miksch ne possède aucun des attributs requis par le personnage d’Amelia. Tous ses aigus s’apparentent par ailleurs plus à des cris, et s’avèrent donc rédhibitoires dans une partie où il sont nombreux. Dans le rôle de Fiesco, la basse Balint Szabo, voix noire et sonore, s’impose sans peine dès son « Il lacerato spirito », et mérite amplement le qualificatif de « basse verdienne ». Autre bonne surprise, le Gabriele Adorno frais et spontané du jeune ténor hongrois Szabolcs Brickner : l’instrument n’est pas extraordinairement puissant mais il est très intelligemment projeté, le phrasé révélant quant à lui une évidente musicalité. Superbe, enfin, le portrait tracé par Zoltan Kelemen de Paolo Albiani, avec une intelligence vocale et scénique rares, rapprochant plus que jamais le personnage du Iago d’Otello.

A la tête d’un Orchestre de l’Opéra national de Hongrie impeccable, le chef hongrois Balazs Kocsar (déjà en fosse dans La Bohème précitée) dirige avec un enthousiasmant mélange de maîtrise et de passion. Les cordes se plient aux sonorités les plus impalpables, tandis que le Chœur de l’Opéra national de Hongrie se montre, de son côté, de premier ordre.

Emmanuel Andrieu

Simon Boccanegra de Giuseppe Verdi au Palais des Arts (Müpa) de Budapest, le 10 janvier 2019

Crédit photographique © Valter Berecz / Hungarian State Opera
 

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