Alexandru Agache chante (encore très bien) Nabucco au Théâtre Erkel de Budapest

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Essayer de mettre en scène Nabucco à l’ancienne tient aujourd’hui presque de la provocation ; c’est pourtant le pari tenu par Gergely Kesselyak (et sa décoratrice Edit Zeke) au Théâtre Erkel de Budapest (salle qui accueille les représentations de l’Opéra national de Hongrie pendant les travaux de modernisation dont il est l’objet). Le rideau s’ouvre à chaque tableau sur une nouvelle scénographie patronisée par un signe du Zodiaque, symbole du temps qui avance, à l’instar d’une grande roue de la fortune, deux éléments en faveur des Hébreux qui passent - pendant la durée du livret - de l‘état d’esclavage à celui de peuple souverain. Mais Kesselyak (dont le vrai métier est celui de chef d’orchestre...) se révèle bien piètre directeur d’acteurs. Le jeu des chanteurs se résume de fait à des poses typiques, immortalisées par quelques gravures d’époque. Fidèle en cela à la musique, la production se contente d’effets tapageurs, et ne cherche nullement à trouver un deuxième degré de lecture ou à suggérer des parallèles avec les temps modernes. Le public magyar semble cependant visiblement soulagé de retrouver les bonnes vieilles recettes de l’opéra « de papa », et tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, comme eût dit Pangloss dans Candide

Dans le rôle-titre, le vétéran roumain Alexandru Agache possède encore la force du vieux lion. Et si la voix, suivant les lois de la nature, s’est encore ancrée dans les profondeurs du timbre, le phrasé, l’accent sont autant de témoignages de sa grande classe et d’une grande noblesse d’interprétation. Szilvia Ralik, hardie et professionnelle, lui tient tête en Abigaille. C’est une belle révélation, de par la correspondance extraordinaire entre une vocalité sûre et enflammée, et une présence qui va rendre belle une voix qui ne l’est pas par définition… La mezzo Erika Gal, Fenena, fait preuve de beaucoup de musicalité, en particulier avec la douceur du legato dans son air du IV. Avec un volume sonore plus réduit que ses partenaires, Andras Palerdi n’en incarne pas moins un Zaccaria à la technique et au style irréprochables. De son côté, Istvan Horvath campe un excellent Ismaele, avec un beau timbre lyrique qui lui permet d’affronter crânement l’écriture centrale et dramatique de son personnage. Enfin, Ferenc Cserhalmi est un Grand-Prêtre correct, aux côtés d’une Anna (Monika Budai-Langermann) et d’un Abdallo (Ferenc Christofori) sans histoires.

En fosse, le chef hongrois Domonkos Héja impose une lecture vigoureuse et riche en contrastes, en accentuant les coups de sang et de théâtre typiques de cette partition de jeunesse de Giuseppe Verdi. L’Orchestre de l’Opéra national de Hongrie lui répond avec autant de précision que de chaleur, les chœurs maisons, superbement préparés par Gabor Csiki, faisant ici référence, notamment dans un « Va pensiero » d’anthologie…

Emmanuel Andrieu

Nabucco de Giuseppe Verdi au Théâtre Erkel de Budapest, jusqu’au 13 janvier 2019

Crédit photographique © Attila Nagy 

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