A Liège, Emilio Sagi signe de (trop ?) classiques Noces de Figaro

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Confiée au metteur en scène espagnol Emilio Sagi – dont nous gardons un bon souvenir de sa Dona Francisquita (Vives) et de son Turco in Italia (Rossini) au Théâtre du Capitole –, cette nouvelle production des Noces de Figaro à l’Opéra Royal de Wallonie se présente sous un jour des plus classiques, et ne prétend pas révolutionner notre approche de Mozart et du XVIIIe siècle. Ses qualités résident surtout dans la souplesse de ses enchaînements et dans le respect d’une tradition de bon goût, qui peut convenir à tous les publics. Décors (de Daniel Bianco), costumes (de Gabriela Salaverri) et lumières (d’Eduardo Bravo) donnent aux différents tableaux un certain chic (chambre nuptiale donnant sur un beau patio typique d’un palais andalou avec ses colonnes de marbre ou jardin certes plus exotique que les rangées de haies du livret…). Ainsi, tout agréable à regarder qu’il soit, le travail de Sagi ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà…

Les vraies découvertes se trouvent dès lors chez certains chanteurs qui, dans ce cadre ravissant mais sans surprise, parviennent à s’imposer. Tel est le cas surtout du jeune baryton croate (27 ans !) Leon Kosavic, formidable Figaro et révélation de la soirée, car débordant de vie, avec son ton mordant, jamais en défaut de justesse, qui laisse pourtant deviner une sensibilité à fleur de peau. Dans le rôle de Susanna, la soprano belge Jodie Devos – mutine Rosina (Il Barbiere) ici-même en 2016 ou renversante Lakmé à Tours l’année suivante – est l’autre grand bonheur vocal de la soirée. Sa voix a tous les atouts de la jeunesse, et l’interprète sait se montrer délicieusement espiègle, sans pour autant se transformer en banale soubrette. La gravité et l’émotion dont elle revêt le fameux air « Deh, vieni, non tardar », montrent avec quelle intelligence elle sait mettre en valeur une autre facette de sa partie.

La soprano néerlandaise Judith van Wanroij est une Comtesse à la tenue impeccable, digne dans l’adversité, grande dans le pardon. Que lui reprocher alors ? Certainement de manquer de cette fragilité passagère, de ce trouble soudain des sentiments, qui viendraient nuancer un portrait quelque peu rigide. Mais n’est-ce pas, là encore, la faute d’une mise en scène sans véritable invention ? Le baryton italien Mario Cassi, lui aussi, peine à trouver ses marques dans cette production, et à l’image de son Don Giovanni « par trop fragile » chanté in loco il y a un peu plus d’un an, son Comte ne marque guère les esprits, dénué qu’il est du poids vocal et du maintien aristocratique qu’appelle son personnage.

Tout à fait crédible physiquement sous les habits d’un jeune garçon, Raffaella Milanesi possède la fougue de Cherubino, sans en avoir vraiment l’ardeur communicative. C’est là une question de couleurs vocales, trop uniformes. Les rôles de composition, enfin, à l’exception de la Marcellina glapissante de la chanteuse liégeoise Alexise Yerna (que Mazzonis nous inflige, au grand dam de nos oreilles, dans une production sur deux à Liège !), trouvent des interprètes proches de l’idéal, à commencer par Julie Mossay qui tire le meilleur parti des interventions si délicates de Barbarina. 

Dernier bonheur de la soirée, la direction musicale, vive et dynamique, du chef français Christophe Rousset. Depuis son pianoforte, il confère au chef d’œuvre de Mozart une verve réjouissante, les couleurs de l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège accentuant cette impression de légèreté pétillante. Mais la part de nostalgie et d’amertume qui font aussi partie de la partition n’en est pas moins négligée et rendue avec tout autant de maestria.

Emmanuel Andrieu

Les Noces de Figaro de W. A. Mozart à l’Opéra Royal de Wallonie, jusqu’au 14 avril 2018

Crédit photographique © Lorraine Wauters

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