La Seine et les fjords s'invitent à Colmar

Xl_ae1i4035 © FIC - Bertrand Schmitt

Après une « éblouissante ouverture » la veille, le Festival international de Colmar offrait une deuxième soirée chaleureuse, « La Monnaie, entre Seine et fjords », à nouveau en compagnie du sublime Orchestre Symphonique de la Monnaie, dirigé par son chef Alain Altinoglu. Ils sont rejoints dans ce programme par le violoncelliste Edgar Moreau et la soprano norvégienne Sofia Nesje Enger. Un rafraîchissement bienvenu !

Le Carnaval Romain de Berlioz débute le concert avec des vents bien modérés, soufflant une douce bise dans une légèreté à la fois suspendue, suave et soyeuse. Les cordes apparaissent duveteuses, les percussions dynamiques sans être forte. Alain Altinoglu obtient une impressionnante justesse dans le son, une maîtrise de l’acoustique d’une redoutable efficacité. La musique gagne ensuite en puissance, sans jamais perdre de sa lisibilité. Puis l’orchestre galope jusqu’à l’explosion galvanisante du feu d’artifice final.

Edgar Moreau arrive ensuite avec son violoncelle pour le Concerto pour violoncelle et orchestre en la mineur de Saint-Saëns. S’installe alors un véritable dialogue entre le soliste et l’ensemble, où chacun répond à l’autre dans un équilibre permanent, avant une véritable union dans laquelle l’orchestre appuie le violoncelle comme la ponctuation le fait avec un texte. La très belle harmonie des pupitres répond à la délicatesse du phrasé sous les doigts du violoncelliste. Il livre avec simplicité toute la complexité de l’œuvre pour un résultat magnifique. Il livre ensuite un bis dont il exalte toute la beauté nue, sans ostentation.

La Monnaie, entre Seine et fjords © FIC - Bertrand Schmitt
La Monnaie, entre Seine et fjords © FIC - Bertrand Schmitt

Après l’entracte, place au Peer Gynt de Grieg avec la participation de Sofia Nesje Enger pour un enchaînement de tubes de cette œuvre norvégienne qui nous apporte un peu de ce froid nordique bienvenu. « Im Hochzeitshof » ouvre cette seconde partie et laisse entendre le superbe alto pour un résultat enveloppant, superbe, qui nous transporte sans aucun mal. La soprano arrive ensuite et livre un beau « Solveig Lied ». Lorsque l’orchestre commence à légèrement empiéter sur la voix, le chef tempère aussitôt afin de ne pas rompre l’équilibre créé. Le vibrato ample de la cantatrice se déploie dans cette voix tapissée, à la chaleur profonde et aux couleurs de lave en fusion. Une lave qui fait toutefois quelque peu fondre la neige dans « Solveigs Vuggesang » malgré un vibrato plus ténu, parfois à peine perceptible, pour un résultat moins épars, plus lisse.

L’orchestre à ses côtés livre un véritable sans faute, comme dans « l’Åses Tod » où il s’élève tel le souffle d’une vie fatiguée mais qui bat toujours, oscillant entre fragilité et force, offrant parfois les deux à la fois, avant de rendre finalement les armes pour un doux repos. L’ensemble sait aussi se montrer plus pétillant, plus tempétueux, gronder ou encore s’exprimer avec la force d’un discours contenu. La partie se clôt alors sur le célébrissime « In der Halle des Bergkönigs ». Les légers pas enneigés du début, suivis des flocons, se transforment en une tempête dans un rythme effréné.

Totalement conquis, le public offre une salve d’applaudissements et une standing ovation bien méritées avant d’obtenir du chef et de l’Orchestre Symphonique de la Monnaie un bis extrait des Troyens de Berlioz : le ballet des « Pas d’esclaves nubiennes ».

Cette deuxième soirée confirme, s’il le fallait, l’excellence de l’Orchestre Symphonique de la Monnaie sous la baguette de son chef, Alain Altinoglu. Elle offre également non pas un délice soliste mais deux, entre le violoncelle virtuose d’Edgar Moreau et la Solveig de Sofia Nesje Enger.

E.M.
(Colmar, le 6 juillet 2026)

« La Monnaie, entre Seine et fjords » au Festival international de Colmar le 6 juillet.

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