Chronique d'album : "Mo3art", d'Elsa Dreisig

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Après un premier disque en 2018, Elsa Dreisig proposera dès le 28 janvier prochain – toujours chez Erato – un nouvel enregistrement intitulé Mo3art qui présente d’une part les trois opéras que le compositeur a signé avec le librettiste Da Ponte, et d’autre part trois de ses opere serie. La soprano y est accompagnée du Kammerorchester Basel placé sous la direction de Louis Langrée.

Il est vrai que, quitte à jouer avec le chiffre trois, on aurait pu imaginer aller plus loin encore avec un troisième ensemble pour former un « trio de trios ». Le disque n’en demeure pas moins riche avec vingt extraits dont quinze pour les trois opéras Da Ponte (cinq airs chacun pour faire entendre trois personnages à chaque fois) et cinq pour les trois opere serie. On notera également une certaine construction en miroir, les deux unités étant quelque part l’une face à l’autre dans cette construction, ce qui rappelle la thématique du premier disque, Miroir(s).

Disons-le tout de suite, il est vrai que la qualité première de cet enregistrement n'est pas l’originalité, comme le reconnaît Elsa Dreisig dans les premiers mots du livret : « Encore un album sur Mozart. Certes ! Il n’en reste pas moins que pour une chanteuse avec ma typologie vocale – soprano lyrique – et mon tempérament, Mozart est incontournable. » Mais comment se lasser pour autant de Mozart ? Bien que nous connaissions les airs, nous les réécoutons inlassablement, toujours avec un plaisir grandissant. D’autant plus ici quand la technique est excellente et la voix plus retenue et maîtrisée que lors du précédent enregistrement. La démonstration vocale n’en est que plus agréable.

C’est par la Fiordiligi de Cosi fan tutte que s’ouvre l’écoute, avec « Temerari, sortite fuori » et « Come scoglio immoto resta », avant que Dorabella – dont on apprécie particulièrement le « Smanie implacabili » – et Despina ne prennent la suite. « In uomini, in soldati » laisse percevoir la malice et la légèreté du personnage, y compris dans l’accompagnement musical de l’ensemble et la baguette experte de Louis Langrée. Les instruments sont un apport solide pour la voix, ne l’outre-passant jamais, mais aidant ses inflexions et ses intentions pour mieux les faire entendre. L’entente et l’adaptation du Kammerorchester Basel sont à saluer et ressortent particulièrement dans ce disque, de même que l’équilibre des pupitres et la respiration commune de l’ensemble.

Le Nozze di Figaro marquent la prochaine étape du disque, avec une fois encore trois personnages mis en avant : la Comtesse, dont on salue le très beau « Dove sono i bei momenti » proposé avec une belle émotion, Susanna et Cherubino, habituellement chanté par une mezzo-soprano. Toutefois, le livret du disque explique que le rôle est « souvent chanté par une mezzo-soprano mais attribué à une soprano par le compositeur ». La rondeur du timbre d’Elsa Dreisig lui permet de faire un très beau « Voi che sapete », à la ligne de chant lumineuse et nuancé, dans lequel l’excitation des premiers émois se teinte d’un romantisme plus usuel.

Arrive enfin Don Giovanni, avec Donna Anna, Donna Elvira et Zerlina, qui nous plonge dans une atmosphère un peu plus sombre  malgré la malice de « Vedrai, carino » proposée ici dans la pénombre d’une interprétation intime et tamisée, dans laquelle on se laisse guider avec un plaisir presque coupable.

Le chemin est ainsi tout tracé pour mener à l’écoute des trois opere serie, en commençant par Idomeneo, re di Creta et ses « Estinto è Idomeneo? » et « Tutte nel cor vi sento » d’Elettra. Les airs apportent un ton plus pressant à l’écoute avant que « Pupille amate » de Lucio Silla ne ramene un peu de douceur. Ce sera toutefois à Vitellia d’avoir le dernier mot avec « Ecco il punto » et « Non più di fiori », permettant d’entendre la tragédienne qui sommeille en Elsa Dreisig.

Voici donc un nouveau disque dans lequel Elsa Dreisig ne prend, il est vrai, que peu de risque quant au programme qui le compose, mais qui n’en demeure pas moins une réussite : qui ne prend pas plaisir à réécouter ces airs célèbres ? Nul besoin finalement d’enregistrements en première mondiale pour rendre un disque attrayant, surtout lorsque la qualité est au rendez-vous, tant par le chant que l’accompagnement musical. Ajoutons à cela un livret permettant de (re)découvrir les paroles des airs dans quatre langues ainsi qu’une présentation des airs choisis et un mot de l’interprète, toujours intéressant à découvrir. Le résultat donne un disque que tout amateur ou néophyte devrait avoir plaisir à découvrir.

Elodie Martinez

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