Chronique d'album : "Enchantresses", de Sandrine Piau

Xl_enchantresses_ © DR

Avec son nouveau disque, Handel Enchantresses édité chez Alpha Classics depuis le 14 janvier, Sandrine Piau « offre un portrait de femmes puissantes, souvent meurtries ». Pour l'accompagner, Jérôme Correas est à la tête de l’ensemble Les Paladins pour accompagner la soprano dans cette galerie de portraits incandescents, dont les partitions conviennent parfaitement à la voix.

« Magiciennes et enchanteresses ont également souvent inspiré Haendel tout au long de sa carrière » nous rappelle le livret accompagnant le disque, et il n’est donc pas difficile de puiser dans ce vivier nombre de ces personnages et d’airs qui charment l’oreille et l’âme. L’alchimie entre le compositeur et Sandrine Piau n’est pas nouvelle, la soprano ayant déjà à son actif nombre d’enregistrements dédiés au compositeur, mais on ne se lasse pas du plaisir à l’entendre, et ce dès les premières notes avec « Scherza in mar la navicella », extrait de Lotario. Lumineuse et légère, la voix de la cantatrice semble se promener et gambader à travers les partitions de Haendel. Entre deux éclairs solaires, la voix nous transporte d’une héroïne à l’autre et sert tout autant de liant à l’ensemble de l’enregistrement que la thématique du disque. Le programme nous montre « un âpre ballet de séduction et de magie » de ces héroïnes, « une lutte sans merci pour le pouvoir que leur conteste l’hégémonie masculine ». Les airs virevoltants alternent avec d’autres, plus tristes et lents, attisant l’écoute de mille couleurs musicales, vocales et émotives.  Après « Il vostro Maggio » (Rinaldo) et « Da tempeste » (Giulio Cesare in Egitto), nous avons droit au premier interlude instrumental servi avec délicatesse par Jérôme Correas et Les Paladins. Quittant leur rôle d’accompagnement, ils se hissent sans fracas sur le premier plan de l’écoute pour mieux nous envelopper dans la chaleur de l’écoute. Deux autres mouvements de concerti ainsi qu’une ouverture viendront marquer l’écoute et asseoir l’excellence de l’ensemble.

« Ah, mio cor », célèbre air d’Alcina, trouve ici les accents les plus touchants et un chant précis qui va droit au but. Le « Tornami a vagheggiar » de Morgane (toujours extrait d’Alcina) permet d’entendre une fois encore de superbes aigüs, ou une ornementation sans faille et des plaisirs baroques auxquels prennent part Les Paladins. Ainsi se succèdent Adelaide, les sirènes de Rinaldo, Cléopâtre, Lucrèce, Alcina, Melissa, Morgane et enfin Almirena dans cette galerie de portraits de « perdantes magnifiques », dont le panache et le superbe trouvent en la voix de Sandrine Piau la lumière nécessaire pour briller de mille feux et émotions. L’air « Lascia ch’io pianga » qui clôt le disque en est d’ailleurs un parfait exemple de cela. Quant au livret, il permet d'y lire un beau texte de présentation signé par la cantatrice ainsi que diverses explications et les paroles (également traduites) des airs interprétés.

Dans ce disque qui fait la part belle à ces personnages féminins fascinants, la magie réside finalement aussi dans la voix et l’interprétation, transformant Sandrine Piau en une nouvelle enchanteresse pour l’auditeur.  Si ainsi que l’indique la soprano dans le livret, « inexorablement, tout enchantement prend fin », on se réjouit que celui de l’écoute de cet enregistrement fasse exception et qu'on puisse y revenir encore, et encore, et encore…

Elodie Martinez

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