Vision de dirigeants : les nouvelles plateformes numériques de l'Orchestre Philarmonique de Vienne

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Après à peine plus d’un an dans son nouveau rôle de directeur général de l'Orchestre philharmonique de Vienne, Harald Krumpöck a le sentiment qu’il n’aurait pas pu trouver meilleur moment pour être promu, de sa place au sein de l’Orchestre à sa tête.
D’après Harald Krumpöck, « d’un point de vue culturel, nous connaissons une période incroyablement intéressante ». Il poursuit : « le "changement" est un terme trop faible pour la définir, nous vivons une époque de "bouleversements". Aujourd’hui, un nombre de choses extraordinaires sont en train de changer, à un rythme incroyablement rapide. Vous ne pouvez pas simplement continuer comme si de rien n’était, sous prétexte que ça a fonctionné ainsi au cours des 150 dernières années ».

Vous devez prendre en considération les attentes de l’époque, tout en évaluant comment préserver votre héritage culturel. D'une part, nous devons regarder vers l'avenir, notamment en termes de choix musicaux et d'utilisation de la technologie, et d'autre part, nous avons un héritage à protéger – et c’est quelque-chose de très précieux. Nous voulons préserver ces deux aspects en même temps. »

Les musiciens de l’Orchestre ont renouvelé leur directeur dans le cadre d’une assemblée générale l’année dernière, et aux côtés de Harald Krumpöck, Andreas Grossbauer a été élu président. Selon Andreas Grossbauer, l’utilisation de la technologie requiert une approche équilibrée, tout en ayant conscience qu’elle représente une grande opportunité pour un orchestre vieux de 173 ans.

« Mon fils a seulement 18 mois et il sait déjà comment utiliser un smartphone. Aujourd’hui, vous ne pouvez pas faire abstraction de la technologie. Mais vous devez être vigilant à ne pas vous laissez envahir par cette technologie. Vous devez vous assurer d’être encore capable de vivre l’instant présent, d’avoir une conversation personnelle, de vous installer en terrasse pour boire un café avec quelqu’un. On ne pourra jamais remplacer tout ceci. La technologie peut jouer un rôle important pour nous aider à rendre la musique plus accessible au plus grand nombre. Mais parallèlement, vous devez préserver la vérité et l’authenticité de la musique. Le public, aujourd’hui, a besoin de nourriture spirituelle, aujourd’hui plus que jamais ».

Le Philarmonique de Vienne s’est donc montré très scrupuleux dans son choix de plateformes numériques. Bien sûr, les enregistrements commerciaux des labels comme Sony ou Deutsche Grammophon sont disponibles sur iTunes. Mais l’orchestre a consacré énormément de temps et d’attention à la recherche de nouveaux médias spécifiquement conçus pour atteindre les objectifs fixés. Dorénavant, l’orchestre s’est associé à Idagio, une nouvelle application développée spécialement pour la musique classique, par une équipe berlinoise de musicologues, de spécialistes de la captation audio et de développeurs de logiciels.

« Avec la musique », selon Andreas Grossbauer, « l’expérience est éminemment émotionnelle, mais avoir un certain niveau de connaissances est également important. Les nouveaux canaux, comme Idagio, peuvent fédérer une communauté autour de la musique classique, mais peuvent aussi diffuser des informations ».
L’application est disponible en téléchargement gratuit, permettant aux utilisateurs de naviguer au sein d’enregistrements tant historiques que  plus modernes grâce à un moteur de recherches conçu pour répondre aux spécificités des formes musicales. Car les mélomanes ont besoin de davantage de catégories de recherches que les traditionnelles rubriques « chanson » ou « artiste » pour comparer les différents enregistrements d’un mouvement d’une symphonie de Mendelssohn, par exemple.

L’Orchestre est sur le point d’initier une nouvelle collaboration portant cette fois sur le streaming vidéo. Un partenariat avec l’Austrian Broadcasting Company et Unitel, un producteur et distributeur de contenus audiovisuels, qui permettra à l’Orchestre de proposer, en ligne, des retransmissions vidéos de concerts – dans un premier temps, sur la base d’un abonnement pour trois concerts par saison – de sorte de répondre aux exigences de qualité de l’Orchestre.
« Aujourd’hui », complète Andreas Grossbauer, « même le téléchargement appartient au passé, et le streaming est de plus en plus courant. Mais une plateforme de retransmissions en ligne, c’est l’avenir dans la mesure où elle peut offrir de nombreux avantages aux consommateurs ».

La vente de billets de concerts n’a jamais été un problème pour le Philarmonique de Vienne, dont les représentations affichent complet parfois des années à l’avance. Mais rendre l’Orchestre plus accessible à l’ensemble des mélomanes à travers le monde et atteindre un nouveau public restent des préoccupations importantes pour tous les musiciens.

D’après Harald Krumpöck, « on est toujours confronté à des questions du type "Quelle est la valeur de la musique et que voulons-nous transmettre ?". Bien sûr, la qualité de la musique est une problématique essentielle. Nous le revendiquons. Mais vous devez aussi être en mesure de transmettre les valeurs que vous souhaitez communiquer ».
Cette problématique influence toutes les décisions prises par les deux directeurs et leurs pairs au sein de l’Orchestre. Ça signifie travailler pour s’assurer que les nouvelles œuvres sont régulièrement commandées et interprétées par l’Orchestre – imposant aussi un vrais sens des responsabilités à la structure.
Harald Krumpöck s’explique : « si vous prenez en considération le fait que l’orchestre a interprété les premières mondiales de morceaux de Brahms, Bruckner ou Mahler quand ils étaient encore inédits, vous comprendrez pourquoi nous devons aussi interpréter les œuvres de Henze, Reimann, Rihm, d’Arvo Pärt et tout ce qui se crée aujourd’hui. Tous les grands ont toujours été interprétés par notre orchestre. »

Ça signifie également qu’il convient de répondre présent face aux grandes exigences contemporaines. En conséquence, après avoir organisé avec succès un concert caritatif pour les réfugiés en Autriche au début de cette année, l’Orchestre a décidé de faciliter l’acquisition d’une maison – à la fois grâce aux fonds propres de l’Orchestre, à des donations et à une campagne de financement participatif – pour les familles de réfugiés en Basse-Autriche, où est situé Vienne.
« Nous ne sommes pas des politiciens », affirme Grossbauer, « nos responsabilités sont différentes. Mais nous voulons envoyer un signal et utiliser la puissance de notre image pour de bonnes causes. Nous ne pouvons pas changer le passé, mais l’important est qu’aujourd’hui et maintenant, nous fassions quelque-chose pour l’humanité, pour le futur ». 

 

Article issu de l'International New York Times, n’engageant pas la rédaction du journal, et dont nous reproduisons le contenu avec leur aimable autorisation.
Center stage est produit par le département international T Brand Studio et n'engage pas les départements éditoriaux de l'International New York Times.

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