À Salzbourg, pourquoi Cecilia Bartoli a choisi West Side Story

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Depuis 2012, Cecilia Bartoli assure la direction artistique du Festival de Pentecôte de Salzbourg, et depuis lors, la mezzo-soprano italienne compose chaque année une programmation laissant la part belle aux rôles de femmes, tantôt fortes ou sacrificielles, tantôt déchirantes ou modestes, pour présenter chaque année « une nouvelle facette de la féminité » – que ce soit dans le rôle de Cléopâtre dans le Giulio Cesare de Handel, celui de la Norma de Bellini, d'Angelina dans La Cenerentola de Rossini ou plus récemment d’Iphigénie dans l’Iphigénie en Tauride de Gluck.
Bien que s'inscrivant dans cette continuité, Cecilia Bartoli surprenait en mai dernier en annonçant son choix de programmation pour l’édition 2016 du Festival de Pentecôte de Salzbourg. Pour accompagner les commémorations de l’anniversaire des 400 ans de la mort de Shakespeare, la mezzo-soprano optait pour une thématique articulée autour du mythe de « Roméo et Juliette » et une nouvelle production de West Side Story, le drame lyrique de Leonard Bernstein, adaptation musicale contemporaine de Roméo et Juliette situant l’œuvre dans l’Upper West Side à New York au milieu des années 1950 (à Salzbourg, Cecilia Bartoli y interprétera Maria aux côtés du ténor lyrique Norman Reinhardt dans le rôle de Tony, sous la baguette de Gustavo Dudamel à la tête de son Orchestre Simón Bolívar). Un choix original qui partage les mélomanes, les uns étant enthousiasmés par cette surprise et le renouveau ainsi apporté au festival salzbourgeois, les autres se montrant bien plus sceptiques quant au résultat (même si Leonard Bernstein espérait lui-même voir son œuvre interprétée par des chanteurs d’opéra).

Et aujourd’hui, alors que le Festival publie le détail de son programme, Cecilia Bartoli explique son choix, dicté notamment par un attachement personnel à l’œuvre de Leonard Bernstein, son envergure et ce qu’elle dit de l’époque, mais aussi par la dimension du rôle de Maria (une nouvelle figure féminine que la mezzo-soprano entend explorer).

« Je trouve l’œuvre et la musique fantastiques – pour moi, c’est l’une des plus grandes œuvres scéniques du XXème siècle. J’aime son énergie, ses rythmes, son swing contagieux, le tempérament latin, les textes pleins d’esprit, l’honnêteté ou l’émotion qu’elle véhicule… Peut-être est-ce mon passé flamenco qui ressurgit, même si nous explorons ici un autre style… Depuis que je connais les morceaux de West Side Story, ils sont toujours restés en moi, comme nombre d’autres genres musicaux.
Mais après toutes ces reines, ses déesses, ses héroïnes de l’Antiquité, ses princesses de contes de fées, je suis particulièrement heureuse d’endosser le rôle d’une jeune femme comme vous et moi. La dimension de Maria, cette fille à la fois simple, chaleureuse, sérieuse ou rêveuse et honnête, est très proche de ma  propre personnalité. J’ai été comme elle. Et au plus profond de moi, je le suis encore.
 »

Un attachement personnel pour l’œuvre, donc, mais aussi pour sa richesse musicale, « bien plus complexe qu’il y parait de prime abord ». Cecilia Bartoli n’y voit pas qu’une simple « musical », mais une composition riche « à mi-chemin entre l’opéra, l’opérette et la comédie musicale », qui trouve son inspiration à la fois « dans la musique classique ou le jazz, la variété de l’époque ou la nouvelle musique » et qui renoue avec « une tradition qui se voulait bien plus ouverte qu’aujourd’hui reposant sur des frontières très poreuses entre les différents genres musicaux ». Et au-delà de sa musique, l’œuvre se veut aussi porteuse de sens.

« Le thème du Festival de Pentecôte est Roméo et Juliette – le sujet éternel de l’amour utopique qui tente de surmonter les barrières sociales, pour finalement y échouer. Une thématique qui s’accompagne d’autres problématiques importantes comme l’impétuosité et l’insouciance de la jeunesse, par opposition au monde implacable des adultes, embourbé de règles et de normes. Et bien sûr, depuis le commencement, il y a aussi ces questions de la place des genres, des différences sociales, du respect mutuel, de l’intégration, etc. »

Pour aborder ces thèmes à Salzbourg, Cecilia Bartoli promet un spectacle haut en couleurs, réunissant à la fois la musique de Leonard Bernstein (en attachant « la plus grande attention à la partition originale ») mais aussi la dimension théâtrale du spectacle (mis en scène par Philip Wm. McKinley) ou sa chorégraphie (assurée par Liam Steel), « comme si vous deviez découvrir West Side Story pour la première fois ». On sera donc curieux de (re)découvrir West Side Story tel que revisité par Cecilia Bartoli, du 13 au 16 mai prochain au Festival de Pentecôte de Salzbourg, avant que la production ne soit reprise à partir du 20 août 2016 dans le cadre du Festival d’été de Salzbourg

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