Rencontre avec Stanislas de Barbeyrac, Pâris à Avignon

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Après Arbace (Idomeneo de Mozart) à Covent Garden, et avant Admète (Alceste de Gluck) au Palais Garnier, c'est à l'Opéra Grand Avignon que nous retrouvons le jeune et prometteur ténor français Stanislas de Barbeyrac, où il interprète le rôle de Pâris dans La Belle-Hélène de Jacques Offenbach. Nous avons saisi l'occasion pour lui poser quelques questions...

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Opera-Online : Vous allez interpréter le rôle d'Admeto de l'Alceste de Gluck en mars prochain à la Fenice de Venise, en italien, puis, en juin, celui d'Admète, en français, à l'Opéra National de Paris. Quelle est la difficulté du rôle ? 

Stanislas de Barbeyrac : Malheureusement, j’ai dû annuler ma participation à cet Alceste à La Fenice. Je suis très heureux, en revanche, de retrouver la production d’Olivier Py pour y chanter le rôle d’Admète, dans la mouture française. J’ai beaucoup apprécié le travail réalisé musicalement et artistiquement la saison dernière et j’ai pu me confronter de temps à autre, en répétition, au rôle d’Admète. J’ai pu ainsi en aborder sérieusement les contours, avec orchestre aussi, puisque je doublais le rôle. C’est donc un avantage énorme de venir maintenant à Paris avec ce petit bagage d’expérience. Je suis très impatient d’explorer à fond le personnage et la partition. Le rôle est exigeant car central dans son écriture musicale, et de plus un peu plus barytonnant à cause du diapason utilisé. J’ai conscience que la clef est de garder constamment une couleur et une accroche assez claires pour jouer les accents dramatiques que contient le rôle. Le dernier acte est héroïque, il faut arriver frais pour se faire plaisir aussi…

Dans la production d'Olivier Py, vous allez retrouver Marc Minkowski, sous la direction duquel vous venez d'interpréter le rôle d'Arbace dans Idomeneo de Mozart, au Covent Garden de Londres. Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec ce chef, et du rôle d'Arbace, le confident du roi Idomeneo, dont la vocalisation doit être solide ?

Oui tout à fait. Nous nous sommes rencontrés il y a tout juste deux ans lors d’une audition et depuis nos collaborations sur scène et en concert se sont multipliées et se sont très bien passées. Je vais le retrouver à Salzbourg en janvier prochain, puis un peu plus tard à la Philharmonie de Paris. Je lui dois mes premiers pas au Covent Garden. C’était une expérience formidable, tant sur le plan musical qu’artistique. Nous avons beaucoup discuté des tempi pour le long air d’Arbace du troisième acte, qui ouvrait à Londres le deuxième, dans cette production signée par Martin Kusej. Marc Minkowski aime beaucoup les voix, le travail avec les chanteurs, c’est comme cela que je l’ai ressenti, il semblait vraiment vouloir faire quelque chose de cet air, et donc cela nous a permis une connivence toute particulière en scène. La vocalisation d’Arbace n’est pas évidente, car si l’on chante tous les airs, l’écriture n’est pas si homogène, c’est à la fois central et léger, cela demande une certaine souplesse et agilité pour les vocalises. J’ai du beaucoup travailler en amont pour trouver le bon équilibre. Entre l’écriture mozartienne et la couleur imposée par le livret en italien, la difficulté est de rester juste dans le propos. Le rôle d’Arbace a été finalement vraiment passionnant, scéniquement parlant. Martin Kusej m’a fait une proposition décalée qui m’a énormément plu. Une espèce de « sdf » musicien, mais très brillant, intelligent et mystérieux, qui sait tout à l’avance, mais ne montre rien aux autres de ses émotions. J’avais peur de tomber sur un personnage de passage, éphémère sur scène. Mais pas du tout, il avait un rôle social et politique ; donc une association de facteurs très positifs, dans une maison incroyable, où j’ai trouvé le niveau musical, la qualité de l’orchestre, de l’acoustique et des équipes administratives et techniques, vraiment fantastiques.

Autrefois, chanter Wagner et Gluck était une évidence. Pourquoi cela n'est-il plus le cas aujourd'hui ?

C'est vrai, je crois qu’aujourd'hui on aime bien mettre les chanteurs dans des cases et les spécialiser dans un genre. Un tel est très bon dans le répertoire italien, un tel dans le répertoire français etc. On pense qu’un chanteur qui aborde le répertoire lyrique ne peut pas aborder certains ouvrages baroques, ou encore qu’un très bon chanteur de lied ou de mélodies, on ne l’entendra pas sur une scène d’opéra. Beaucoup de chanteurs aiment et savent varier les genres. D’autre part, certains aiment se spécialiser et c’est bien aussi. Il faut laisser chacun être à l’écoute de son instrument et faire les chose dans le bon ordre. Je trouve que pour certaines voix de l’époque, il n’y avait pas d’incompatibilité à chanter Gluck et Wagner, comme certains chanteurs qui attaquent directement - même en étant jeune - le « grand répertoire ». Certaines natures vocales sont comme ça, et il ne faut donc pas brider l’instrument sous prétexte qu’il faut savoir chanter un ouvrage de Mozart ou de Bellini.

Est-ce-que, comme vous l'avez déclaré, il y a quelques mois, le rôle d'Alfredo de La Traviata représente le maximum de ce que vous pouvez offrir pour le moment ?

Pour être honnête, ce que représente le rôle comme engagement scénique et vocal est en effet le maximum que je veux donner pour l’instant, après avoir abordé le rôle à l'Opéra-Théâtre de Saint Etienne. J’adore Mozart et Gluck – les rôles de Tamino, Don Ottavio, voire Ferrando, Pylade ou Admète - et je veux garder ces rôles comme tâche de fond pour les années à venir. Je sens que je pourrais aborder des choses un peu plus lyriques mais je ne veux pas entamer le capital, et je suis persuadé que j’ai beaucoup de choses déjà à proposer avant d’aborder un répertoire plus lyrique et lourd. Pourquoi pas L'Elisir d'amore, Mignon etc. ?

En commençant votre carrière, aviez-vous une idée des rôles que vous souhaitiez interpréter ?

Oui bien sûr… Le premier air que j’ai travaillé au Conservatoire de Bordeaux était celui de Lenski, je ne sais pas pourquoi… J’ai couru à la Fnac acheter l’opéra en entier, et c’était mon rêve de chanter ça sur scène… Ce rêve, je l'ai réalisé grâce au Festival de Saint Céré, il y a quelques temps déjà, et j’ai très envie de rechanter le rôle. Il y a eu Tamino aussi, puis j'ai voulu chanter Werther, Don José, Lohengrin... Mais quand on commence à travailler sa voix sérieusement et que l'on décide de devenir professionnel, on se rend compte de l’exigence d’un rôle et on l’on revoit alors ses ambitions à la baisse. Mais ça fait partie des rêves qui nous donnent l’envie de nous plonger à corps perdu dans ce métier. On apprend à s’écouter, à comprendre sa voix et ce vers quoi on doit tendre pour que l’instrument progresse, grâce aussi aux précieux conseils de son entourage, comme mon professeur Lionel Sarrazin, ou mes agents.

Votre physique vous destine plutôt à des jeunes premiers (comme Pâris de La Belle Hélène que vous chantez présentement à l'Opéra Grand Avignon). Pour autant ces personnages correspondent-ils à vos aspirations ?

Et bien pour l’instant, je n’ai pas trop le choix, ce sont mes emplois. Le physique compte aussi bien sûr, mais l’un peut aller sans l’autre. Je remarque qu’on accorde désormais beaucoup d’importance à l’apparence, car les metteurs en scène sont exigeants et veulent des physiques (quels qu’ils soient d’ailleurs) bien précis, pour donner un sens, une légitimité visuelle à leur vision des personnages. Mais je crois qu’il y a beaucoup de nuances et une palette immense de caractères à jouer sur scène…même chez les jeunes premiers, en fonction de nos partenaires, de la volonté d’un chef de donner une couleur dans un air. Le travail est donc inépuisable, et c’est ça que j’aime dans ce métier...

Aimeriez-vous interpréter les rôles de Wagner (en dehors du rôle de  Walther von der Vogelweide - dans Tannhäuser - que vous avez interprété à La Bastille) ?

Oui.. J’ai un grand rêve… Celui de chanter Lohengrin… Mais j’ai le temps ! J’étais supplémentaire dans les Chœurs de l’Opéra de Paris, c’était ma première expérience scénique à l’opéra je crois, et j’avais 23 ans de mémoire... Il s’agissait d'un Lohengrin avec Ben Heppner et Waltraud Meier, dirigé par Gergiev. J’avais été subjugé par cet ouvrage, et je me voyais le chanter dans mes rêves. J’attends donc patiemment que ma voix me le permette un jour. J’aime beaucoup l'univers wagnérien, et je pense que ma voix peut aussi lentement tendre vers ce répertoire de Heldentenor, c’est en tout cas une possibilité que je n’écarte pas...

Vous venez d'évoquer Waltraud Meier, celle-ci confiait récemment dans la presse qu'elle en avait assez de « ces visions destructrices ou réductrices » de certains metteurs en scène, et que « le problème n'est pas d'être moderne ou pas, mais d'être tout simplement intelligent ». Qu'en pensez-vous ?

Et bien, elle a raison ! L’important dans une pensée artistique et musicale, qu’elle soit moderne ou pas, est de rester juste, proche du texte et de la musique. Parfois le bon sens suffit pour rendre compte de la beauté d’une partition, il suffit de donner de la matière aux chanteurs et ne pas faire du sensationnel sous des prétextes de modernité. On peut re-contextualiser une œuvre dans le temps avec beaucoup d’intelligence effectivement, et ainsi donner un regard nouveau et frais sur un ouvrage qui peut paraître « poussiéreux ».

Quel type de mise en scène vous correspond généralement le plus ?

Question difficile… Je suis assez ouvert généralement, mais c'est vrai que j’ai un faible pour les choses décalées, qui donnent la possibilité d’aller dans les extrêmes des sentiments et des réactions. Jje ne suis pas trop fan des grandes fresques en costume d’époque... J’aime quand les metteurs en scène vous obligent à aller plus loin que vous-même ne pensiez être capable. Le chant est une mise à nu, le théâtre lyrique doit l’être aussi...

Propos recueillis en Avignon par Emmanuel Andrieu

Stanislas de Barbeyrac à l'affiche de La Belle Hélène de Jacques Offenbach à l'Opéra Grand Avignon
 

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