Rencontre avec Nathalie Manfrino, Mireille à Avignon

Xl_nathalie_manfrino © DR

Après avoir interprété avec un grand succès le personnage de Mireille (Gounod) aux Chorégies d'Orange en 2010, la belle et talentueuse Nathalie Manfrino vient de reprendre ce rôle éprouvant entre tous à l'Opéra Grand Avignon. Nous l'avons rencontrée.

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Opera-Online : Pour une première question, commençons par le début : est-ce que vous êtes née dans un milieu de musiciens ou de gens qui s’intéressaient à la musique ? Quel style de musique écoutait-on dans votre famille ?

Nathalie Manfrino : Non, je ne suis pas du tout une enfant de « la balle ». Je n'avais jamais joué d'instrument ou appris la musique avant de commencer les études de chant. Au début, cela a été très compliqué de commencer à apprendre le solfège en étant dans une classe avec des enfants âgés de 6/7/8 ans... Quand on est adolescente vous imaginez la situation !... Ma mère aimait écouter de la musique symphonique, surtout des concertos pour piano ou pour violon. Je me souviens en tout cas, même si nous n'écoutions pas d'opéra, que j'aimais mettre ces disques. À l'époque, cela s'approchait d'une joie sensuelle et d'un grand bien être...

Et la première fois que vous avez vu un opéra dans une salle, c’était quoi ?

Adrienne Lecouvreur à l'Opéra Bastille avec Mirella Freni.

Alors qu’est–ce qui a fait que vous avez décidé de vous tourner vers ce métier ?

J'ai toujours aimé chanter, dès le plus jeune âge. Mais j'avais surtout très envie d'être sur scène. Que ce soit dans un théâtre ou à l'opéra, j'avais envie de jouer la comédie. Je me souviens d'être seule dans ma chambre et de mimer la scène finale du Romeo et Juliette de Zeffirelli...avec un faux poignard dans la main ! (rires)

En commençant votre carrière, aviez-vous une idée des rôles que vous souhaitiez interpréter ?

Je rêvais de chanter un jour les grands Puccini, ainsi que Verdi, et j'ai commencé par eux. Les premiers opéras que j'ai entendus – après Adrienne Lecouvreur - sont La Bohème et Tosca. Puis Traviata, en film, toujours grâce à Zeffirelli. Les grands compositeurs français sont arrivés après.

Nathalie Manfrino, êtes-vous une diva ?

Je ne crois pas, en tout cas, je n'espère pas ! Ce terme a un peu une connotation péjorative aujourd'hui. Mais diva, au sens divin, me rapprocher du divin par le chant, est mon rêve le plus absolu...

Annick Massis nous a récemment révélé lors d'une interview : « C’est un des nombreux paradoxes des chanteurs, nous avons besoin d’un ego surdimensionné ».  Avez-vous un ego surdimensionné ?

Je crois, lorsque nous sommes sur scène, qu'il faut oublier la personne que nous sommes dans la vie et devenir quelqu'un d'autre. Alors, cette histoire d'ego peut-être entre en jeu, mais personnellement je ne vois pas les choses comme ça. Nous devons juste devenir une autre personne, ce qui nous rend un peu schizophrène ! (rires) Pour tenir le coup dans ce métier, je ne dirais pas qu'il faut de l'ego, je dirais qu'il faut surtout croire en ce que nous personnifions, s'identifier aux personnages que nous jouons et, de ce fait, s'oublier soi-même pour arriver à donner une émotion vraie. Il faut savoir être au service de l'ouvrage, du compositeur et, contradictoirement, surtout ne pas faire semblant.

Êtes-vous effrayé par la médiatisation ?

Cela a un double tranchant. Etre médiatisé est très dérangeant : on vous jalouse davantage et on ne vous fait pas de cadeau. Personnellement, je pense, que la médiatisation de notre art le rend plus accessible et le décloisonne. Dans le temps, l'opéra était l'art populaire par excellence. Pourquoi ne pas offrir le « beau » au plus grand nombre ?...

Vous avez créé l'opéra Un Amour en Guerre à l'Opéra de Metz, en octobre dernier. Êtes-vous attachée à la musique d’aujourd’hui ?

Oui, la création fait partie de notre métier, c'est important de défendre la nouveauté et c'est aussi notre mission : être au service de la musique, comme l'étaient nos prédécesseurs à l'époque de Berlioz, Gounod, Massenet, etc.

Pourriez-vous évoquer vos affinités avec les héroïnes de Jules Massenet justement, compositeur auquel vous avez consacré un enregistrement ?

Je suis tombée amoureuse de sa musique quand on m'a demandé de chanter le rôle de Manon : un coup de foudre absolu. C'est du vérisme à la française, de grandes histoires d'amour qui « finissent mal en général » (rires). Mais souvent, à la fin, la notion de rédemption donne à l'interprète la possibilité de jouer de toutes les facettes de son art. Et puis ce sont de très beaux textes, de très beaux livrets. Et pour moi, parfois, les beaux livrets, comme celui de Cyrano de Bergerac, ont presque plus d'importance que la musique. 

Vous chantez actuellement Mireille en Avignon. Avez-vous pris conseil auprès d'Andrea Guiot, certainement la plus grande Mireille de la seconde moitié du XXème siècle ?

Oui, tout à fait, elle a été mon mentor. C'est une personne adorable et généreuse à tous les points de vue.

Les chanteurs lyriques de votre génération utilisent de plus en plus les réseaux sociaux pour communiquer. Est-ce un bon moyen de promotion ?

Oui, en effet, on ne peut plus passer à côté. Cela fait partie de notre époque. Mais personnellement, je pense qu'il faut utiliser ces réseaux seulement dans un cadre professionnel et non pas personnel, sinon cela devient vite beaucoup trop intrusif et malsain.

Quand vous ne chantez pas, que faites-vous ?

J'essaie de passer du temps avec ma famille, que je ne vois pas assez souvent. Le temps passe si vite, nous ratons en permanence les fêtes familiales et autres. Nous finissons, bien malgré nous, par perdre le contact et c'est un grand dommage...

Quel nouveau(x) rôle(s) aimeriez-vous aborder ?

Comme je vous le disais en début d'interview, les grands Puccini et les grands Verdi ! Un autre rêve, ce serait de chanter les Quatre derniers Lieder de Richard Strauss...

Propos recueillis à Avignon par Emmanuel Andrieu

Nathalie Manfrino à l'affiche de Mireille de Charles Gounod à l'Opéra Grand Avignon

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