Peter Gelb au Met de New York : toucher un nouveau public

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Vision de leader : Peter Gelb
Apporter l'opéra à un plus large public

Bien qu’il en soit à sa dixième saison à la tête du Metropolitan Opera, Peter Gelb ne semble pas pour autant penser par « étapes ». Même une institution de la taille et de la stature du Met se confronte jour après jour aux défis du marché culturel d’aujourd’hui : « L’opéra à ce niveau est une entreprise très couteuse – il n’est pas fait pour les portefeuilles du XXIème siècle. Nous ne pouvons jamais nous reposer sur nos lauriers. Nous ne pouvons pas être chers. C’est un défi sans fin que de maintenir vers l’avant la vie théâtrale de la compagnie, et de briser les barrières entre la très haute forme d’art que représente l’opéra et un public plus large et diversifié. »

La dernière réalisation phare entreprise par Gelb ces dernières années est sans doute l’innovente et influente série « The Met : Live in HD », qui retransmet dans les cinémas du monde entier en direct et en haute définition les spectacles de la maison new-yorkaise (un programme qui a par ailleurs été récompensé des prix Emmy et Peabody). Plus de 17 millions de tickets ont été vendus pour pouvoir assister à ces retransmissions du Met en haute définition et en son surround, élargissant ainsi la portée de l’entreprise bien au-delà des murs de sa maison d’opéra elle-même. Gelb est aussi fier de montrer que le Met a su profiter de l’essor des réseaux sociaux, avec plus de 340 000 mentions « J’aime » sur sa page Facebook .

La scène du Metropolitan Opera – tout comme la ville de New York, comme dit la chanson – ne dort jamais. Les répétitions costumées durant le jour laissent place à une représentation le soir ; puis l’équipe de nuit à son tour travaille jusqu’au petit matin pour préparer la scène et l’opéra du lendemain. Pour sa saison 2015-2016, le Met présentera 25 opéras répartis sur 227 représentations, dont six nouvelles productions – de l’Otello de Verdi en passant par Lulu de Berg, Les Pêcheurs de perles de Bizet (pour la première fois au Met depuis presque un siècle), Manon Lescaut de Puccini (avec l’incontournable ténor Jonas Kaufmann), Roberto Devereux de Donizetti ou encore Elektra de Richard Strauss.

Si parmi celles-ci on retrouve les opéras les plus populaires du répertoire italien, certaines sont néanmoins plus proche du XXème siècle, comme Lulu et Elektra.
« Le Met doit jouer les classiques de Verdi et de Puccini, dans de nouvelles productions et dans des reprises, » dit Peter Gelb, « mais nous devons aussi explorer d’autres chefs-d’œuvre. La nouvelle production de Lulu est signée William Kentridge, dont la récente mise en scène du Nez de Chostakovitch était extraordinaire. Il a une telle place dans le monde des arts visuels qu’il nous apporte un nouveau public. Sans mentionner que nous avons Marlis Petersen pour chanter le rôle-titre, qui est définitivement la Lulu d’aujourd’hui ».

Le Met a favorisé certains des plus grands noms de l’opéra au cours des dernières décennies, parmi lesquelles la soprano superstar Anna Netrebko (qui donnera un récital à New-York sur la scène du Met en février).

« Je me suis attaché à identifier les jeunes pépites et à les signer très tôt dans leur carrière au Met, » dit Gelb, « Il y a Anna, évidemment, et maintenant nous avons une nouvelle soprano toute aussi excitante en la personne de Sonya Yoncheva. J'aimerai aussi mentionner qu’en 2015-2016, Sondra Radvanovsky sera la première chanteuse dans l’histoire du Met à figurer en une seule saison à l’affiche de la trilogie des Reines Tudor de Donizetti. Et nous avons aussi Placido Domingo – miracle de longévité qui traverse les âges – qui revient chanter Simon Boccanegra. Il n’y a rien d’autre qu’une star charismatique, montante ou aguerrie, pour galvaniser une audience. » La clé pour l’évolution et le changement au Met est que « nous sommes prêts à avancer plus rapidement désormais, et à prendre des risques sur des artistes talentueux, pas seulement des chanteurs mais aussi des metteurs en scène venus de l’extérieur du monde de l’opéra, tout comme de jeunes compositeurs aussi, » dit Peter Gelb. « Nous avons présenté le premier opéra de Nico Muhly, Two Boys, en 2013, et nous lui avons déjà commandé un nouvel opéra, Marnie ».

Pour l’avenir, une expansion du hall du Met est dans les projets de la maison new-yorkaise, mais aussi d'offrir la possibilité à des troupes d'opéra de se produire dans le cadre de représentations d’opéras de petite envergure, à destination des communautés aux alentours de New-York.

Gelb est aussi enclin à lier le Met aux autres institutions culturelles new-yorkaises, comme la Julliard School, la Film Society of Lincoln Center, la New-York Public Library ou encore le musée Guggenheim.

« Je veux être certain que le Met soit constamment en interaction avec la vie culturelle de New-York, » dit Gelb. « Par exemple, nous avons joué le Nez de Kentridge au Museum of Modern Art, et nous avons aussi organisé un Otello au Guggenheim. Nous voulons étendre aux autres formes d’art les connexions que l’opéra possède.
« Sur la prochaine décennie, j’aimerai aussi voir le Met devenir l’un des moteurs principaux de l’éducation artistique aux Etats-Unis, » ajoute Gelb. « Je ne veux pas être présent seulement dans les salles de cinéma, mais aussi dans les écoles et les centres communautaires. L’enseignement des arts est mis en péril partout dans le monde. J’aimerai voir le Met aider à maintenir sa place dans le système scolaire où le commerce et la technologie ont pris un grand ascendant sur la culture. Il est important pour moi que nous avancions sur ce sujet – c’est là que l’on cultive le futur public de l'opéra ».

 

Article issu de l'International New York Times, n’engageant pas la rédaction du journal, et dont nous reproduisons le contenu avec leur aimable autorisation.
Center stage est produit par le département international T Brand Studio et n'engage pas les départements éditoriaux de l'International New York Times.

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