Natalie Dessay nous raconte Manon

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Sans doute l’œuvre la plus populaire de Massenet, Manon (créé en janvier 1884 à l’Opéra-Comique) permettra au compositeur de  « conquérir Paris », après les refus de Hérodiade trois ans plus tôt (finalement créé à Bruxelles) et avant un Werther jugé « trop déconcertant » par l’établissement parisien. Et si Manon apparait comme une évidence à Jules Massenet, qui raconte dans ses Souvenirs avoir découvert l’œuvre de l’abbé Prévost (inspirant le livret) chez son librettiste Henri Meilhac qui aurait alors rédigé les deux premiers actes en une nuit (on ne garantit pas la véracité historique de ce souvenir), de prime abord, l’opéra ne séduit pas la critique – le soir de la première, Henry Maret y voit une « fresque effroyable ». Pour autant, le public est enthousiaste dès la création et les représentations s’enchainent (soixante-dix-huit la première année) et Manon s’impose comme le second plus grand succès de l’Opéra-Comique après Carmen.
Et malgré le coût élevé d’une production de Manon (notamment car l’œuvre met en scène « un opéra dans l’opéra » en plus d’un ballet), l’œuvre est rapidement donnée dans toutes les grandes capitales lyriques (de Londres à Saint-Pétersbourg, d’Amsterdam à New York) et y connait systématiquement un triomphe, portée par les plus grandes voix d’alors. Jusqu'à aujorud'hui où le rôle titre a notamment interprété par Natalie Dessay.

Au sein d’une carrière particulièrement riche, Natalie Dessay a plusieurs fois interprété le rôle de Manon dans l’opéra de Massenet – pour la première fois à Genève en 2004, ou ensuite à Barcelone ou Chicago dans une mise en scène de David McVicar aux côtés de Rolando Villazon en 2007 puis de Jonas Kaufmann en 2008 (et on oubliera la production de l’Opéra Bastille, l’année dernière, mise en scène par Coline Serreau).
Un rôle complexe et ambigu, difficile à définir, mais que Natalie Dessay connait bien, et qu’elle nous raconte aujourd’hui. Tout au long de l’œuvre de Massenet (un brin misogyne ?), on découvre une Manon qui évolue au gré des actes, d’abord insouciante et impulsive, puis farouchement amoureuse malgré l’adversité, avant d’être adulée à défaut d’être heureuse, pour finalement se révéler dramatique. Un personnage si complexe, que selon Natalie Dessay, « il faudrait deux sopranos pour l’interpréter » et restituer la palette de sentiments qui l’anime du début à la fin de l’œuvre.
Guidé par Natalie Dessay, on (re)découvre néanmoins une Manon qui se définit par « son appétit de vie » et une volonté farouche de vivre l’instant présent. Elle dépeint tout autant une œuvre de Massenet qui apparait résolument moderne et fait écho aux préoccupations de nos sociétés modernes...

À voir également : Natalie Dessay triomphe actuellement dans Giulio Cesare in Egitto (l’opéra de Haendel, dans une mise en scène de David McVicar) au Metropolitan Opera de New York et qui fera l’objet, en France, d’une retransmission en direct dans les salles de cinéma Pathé Live, le 27 avril prochain.

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