Lohengrin, Richard Wagner à la baguette

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Le 7 décembre prochain, la Scala de Milan ouvrira sa saison lyrique avec une nouvelle production de Lohengrin, de Richard Wagner. Nous en profitons pour revenir brièvement sur la création de l’œuvre en 1850, au Grosses Fürstliches Hoftheater de Weimar, et son interprétation quelques années plus tard par le compositeur lui-même.
Au cours de l’été 1850, Wagner a dû quitter l’Allemagne et est installé en Suisse. Il prie alors son ami Liszt d’en assurer la création, qui s’exécutera le 28 août 1850 en l’absence de Wagner, alors réfugié à Lucerne. Lors de sa création, Lohengrin suscite l’enthousiasme des artistes de l’époque (Liszt en tête mais aussi Gérard de Nerval, comme nous le rappelle Piotr Kaminski*), mais la critique est plus réservée, qui peine à comprendre l’œuvre wagnérienne. Lohengrin emportera néanmoins progressivement l’adhésion du public et Wagner en dirigera des extraits à Berne en 1852, et ne verra son opéra intégralement qu’en 1861 à Vienne. Finalement, Richard Wagner dirigera lui-même son Lohengrin, le 12 septembre 1862, à la Frankfurter Oper. Et dans sa biographique « Richard Wagner, sa vie, son œuvre, son siècle », l’écrivain Martin Gregor-Dellin reproduit une critique de l’époque rendant compte de l’événement.

« Wagner dirigea le 12 septembre 1862 à Frankfort, pour la première fois, son Lohengrin. Il attaque le prélude très lentement et après une intense concentration le public laisse exploser sa joie. Puis arrive une série d’incidents musicaux.
Au premier acte, la clarinette-basse, qui pour des raisons de place était installée au premier rang de la salle, attaque une mesure trop tard, et est immédiatement réduite au silence par Wagner. Au troisième acte, Ignaz Lachner, placé en coulisse, envoie les trompettes en mi bémol trop tôt. Se percutent ainsi avec les trompettes en mi de Georg Goltermann. Malgré ces désagréments, la représentation fait forte impression et l’orchestre, tout comme le public, ovationne longuement le compositeur.
»

Pour l’anecdote, on notera également que Wagner dirige sa représentation avec la baguette illustrée ci-dessus. Au terme de cette « première » de Lohengrin dirigée par le compositeur lui-même, il offre sa baguette à George Eduard Goltermann, celliste virtuose et second Kapellmeister de l’orchestre de l’opéra de Frankfort. À l’époque, la pratique était courante (d’autant que Richard Wagner avait l’habitude de confectionner ses baguettes lui-même dans une branche de noisetiers ou de saule pleureur).
Restée 125 ans dans la famille Goltermann, la baguette de Wagner fut retrouvée en 1988, lors de la vente de la succession Goltermann, entourée d’une note manuscrite de George Eduard Goltermann :

« Taktstock mit welchem Richard Wagner zum ersten Male seinen Lohengrin dirigierte, Frankfurth am Main , 12. 09. 1862 »
Baguette avec laquelle Richard Wagner dirigea pour la première fois son Lohengrin (Frankfurth am Main, 12 septembre 1862).

Ce double « trésor » fut acquis par Frédéric Pfeffer et intégré à sa collection comptant à ce jour plus d’une centaine de baguettes de chef d’orchestre de toutes époques et origines.

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