Cinq questions à Jean-François Lapointe

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A peine sorti de scène, après une superbe représentation de Hamlet à l'Opéra de Marseille, le baryton québecois Jean-François Lapointe, qui interprétait le rôle-titre, s'est prêté de bonne grâce au jeu des questions/réponses pour Opera-Online.

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Opera-Online : Êtes-vous né dans un milieu de musiciens ou de gens qui s’intéressaient à la musique ?

Jean-François Lapointe : Oui et non, je ne viens pas d'un milieu musical à proprement parler, mais mon père était un excellent chanteur amateur, qui chantait à l'église, faisait des petits récitals et participait à des opérettes. Donc, j'ai quand même eu l'occasion d'approcher l'univers du chant et de la musique. Mais surtout, mes parents ont fait en sorte que je puisse prendre des cours de piano et de violon très tôt, à l'âge de sept ans. Ce n'est qu'une fois arrivé à Québec, pour mes études, que j'ai vraiment débuté le chant, et c'est donc ce que je le moins étudié ! (rires) Mais le chant s'est imposé à moi, j'avais « une voix », et cela s'est fait au détriment des instruments que je jouais, et que j'ai dû délaisser, à mon grand regret. Dès les premières années, j'ai chanté de manière professionnelle et ma carrière a démarré très vite...

Comment définiriez-vous votre voix ?

Je me définis comme un baryton lyrique, et j'ai chanté tout le répertoire aigu pour baryton, beaucoup d'opérettes quand j'étais jeune chanteur, comme Danilo dans La Veuve joyeuse, et aussi les Rossini, comme le rôle-titre du Barbier de Séville. Puis j'ai abordé assez tôt le rôle de Pelléas... que j'ai chanté plus de 200 fois sur une période de 24 ans. J'ai fait mes débuts en Europe à l'âge de 22 ans dans les théâtres lyriques de Province, comme Dijon ou Saint-Etienne, et le tournant a justement été Hamlet, au début de ma trentaine, quand j'ai fait mes débuts avec le rôle à Copenhague. Ca m'a beaucoup plu d'aborder le rôle de Hamlet là-bas ! (rires) C'est donc à cette période que j'ai commencé à chanter les barytons français plus larges, comme Escamillo ou Zurga. Puis à la quarantaine, j'ai chanté mes premiers Verdi : Ford dans Falstaff et Germont dans La Traviata. Bref, je pense avoir été sage et avoir suivi l'évolution naturelle de ma voix. La preuve, c'est que 35 ans plus tard, je chante toujours ! (rires)

Vous abordez les deux genres avec le même bonheur, l'opéra et le récital vous apportent-ils autant de satisfaction sur le plan de l'expression dramatique ?

Ce sont deux exercices complètement différents. Avec le récital, on contrôle tout, tandis qu'à l'opéra on est tributaire de beaucoup de facteurs : d'un chef d'orchestre, d'un metteur en scène, d'un costume, d'une scénographie, de collègues aussi... autant de choses que l'on ne contrôle pas ! La plupart du temps, cela se passe bien, mais parfois, c'est plus difficile. En récital, on choisit soi-même son programme, enfin en règle générale, et on est maître de son interprétation. Cela dit, ça reste une pression énorme car on ne peut pas se cacher derrière son costume (rires), on est beaucoup plus à nu, mais c'est un autre bonheur, surtout quand il s'agit pour moi de défendre le répertoire de la mélodie française qui s'avère presque infini...

Vous chantez actuellement le rôle-titre de Hamlet d'Ambroise Thomas à l'Opéra de Marseille. Quelles sont les difficultés – et les satisfactions – du rôle ?...

Pour commencer, c'est un rôle très long et très exigeant au niveau dramatique, avec une large tessiture, beaucoup d'aigus, mais de graves aussi. Je dois vous avouer que c'est le personnage que j'ai le plus de plaisir à incarner aujourd'hui, comme avant celui de Pélleas. C'est un ouvrage que j'adore du début à la fin, j'en trouve la musique merveilleuse alors que certains la dénigrent. L'opéra français est un genre qui ne supporte pas la médiocrité : il y faut d'excellents interprètes et un chef qui comprend bien les spécificités de cette musique. Je pense que c'est un devoir pour nous les chanteurs francophones – français, belges, suisses, québecois... - de défendre le répertoire français avec toute la force de notre conviction !

Quels nouveaux emplois aimeriez-vous aborder ?

C'est une question difficile. J'ai à mon répertoire quelques 75 rôles maintenant, et plutôt des rôles de premiers plans, et sincèrement, j'ai eu la chance de pouvoir chanter tout ce que je voulais interpréter. Mais si j'ai réalisé tous mes grands rêves, j'ai encore des petits rêves (rires), et je vais ainsi aborder cette saison mon premier Wagner, avec le rôle de Wolfram (NDLR : à l'Opéra de Monte-Carlo), et également le rôle de Posa dans Don Carlo (NDLR : à l'Opéra de Marseille). Dans le répertoire français, il ne me reste plus grand chose à faire, à part peut-être les rôles de baryton dans Hérodiade et Thaîs de Massenet, deux personnages que j'aimerais bien interpréter dans le futur...

Propos recueillis à Marseille par Emmanuel Andrieu

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