Aleksandra Kurzak revient sur son annulation dans Tosca au Liceu

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La semaine dernière, on apprenait que Roberto Alagna et son épouse Aleksandra Kurzak, initialement annoncés dans Tosca au Liceu en janvier 2023, renonçaient finalement à interpréter le rôle-titre et Cavaradossi. Une décision liée au travail du metteur en scène, Rafael Villalobos, dont nous rendions compte lors de la création bruxelloise ainsi que lors de son passage à Montpellier dernièrement.

En effet, sans revenir sur le travail proposé, rappelons que celui-ci s’inspire de Pasolini et de Salò ou les 120 Journées de Sodome, avec notamment plusieurs représentations et évocations de sado-machisme. La décision des deux artistes a déjà fait couler beaucoup d’encre et ranimé le débat sur les limites des mises en scènes modernes. Dans une interview accordée au site italien Connessi all’opera, le ténor indique : « Avec Aleksandra on ne voulait pas être les otages d’un projet où l’on a affaire à de la violence, du sadomasochisme, de la pédophilie, de la nudité. Des situations totalement incohérentes par rapport à la Tosca de Puccini ».

Des propos relevés par Peter de Caluwe, directeur général du Théâtre de la Monnaie, qui y répondait sur sa page Facebook : « La vie d'un gangster et chef de la mafia semble lui poser moins de problèmes moraux et être entouré d'une certaine nudité féminine aux Folies Bergères lui donne sans aucun doute une perspective plus joyeuse que de tolérer que Mme Alagna-Kurzak interprète Vissi d'arte avec homme pré-Raphaélite nu à côté d'elle. Le fait qu'il soit la vedette d'Al Capone à Paris jette certainement une lumière plus nuancée sur les arguments que le ténor a utilisés pour sortir du projet Puccini à Barcelone. Comment a-t-il pu combiner une nouvelle production à Barcelone qui chevauche totalement les dernières répétitions de Paris et les dates des premières ? Le projet de Paris a été publié le 4 avril, exactement quand Alagna a initié le processus d'annulation de Barcelone et a mis en danger l'ensemble du projet de coproduction, créant ainsi lui-même le problème avec la maison et son public et utilisant une calomnie inappropriée pour s’en sortir ». De son côté, le Liceu se contente d’indiquer que « Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak se sont sentis incapables d’incarner leur rôle respectif dans cette mise en scène et ont finalement décidé de se retirer du projet  », et a précisé qu’ils seront remplacés par Michael Fabiano et Maria Agresta.

Face à ces échanges, Aleksandra Kurzak vient de préciser à la presse polonaise qu'elle avait signé un contrat pour Tosca de Puccini, et non « Pisellini di Pasolini ». Elle explique elle aussi que lorsqu’ils ont accepté cet engagement au Liceu il y a trois ans, ils ignoraient alors qu’il s’agirait d’une nouvelle mise en scène signée par Rafael Villalobos, et qu’ils l’ont seulement « appris après l'annonce de la saison artistique 2022-2023 ». Après avoir lu plusieurs messages de fans dubitatifs devant l’annonce de leur présence dans une telle production, ainsi que le visionnage de la dite production à Bruxelles, la soprano a décidé de se retirer : « Après ce que j'ai vu, je savais que je n'y jouerais pas. Même si j'avais cette date réservée dans mon calendrier depuis trois ans ». Elle explique également : « D'une part, c'est dégoûtant et, d'autre part, plein de grotesque. J'ai cru que j'allais mourir de rire quand j'ai vu Scarpia porter un collier de sex-shop autour du cou. C'était tellement raté... Et moi, dans le rôle de Tosca, dois-je avoir peur de lui ? ».

Tout en précisant qu’elle n’est pas traditionaliste et qu'elle adore les productions modernes, comme celles proposées par Calixto Bieito, elle ajoute : « Je me pose aussi cette question : où s'arrête le jeu et où commence le kitsch, fait uniquement pour attirer l'attention. Tout est extensible dans l'opéra maintenant. Il n'y a pas de réalisateurs qui comprennent ce genre. De leurs propres mains, ils tuent ce genre d'art ».

Elodie Martinez

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