Première Isolde de Lise Davidsen au Liceu, dans une nouvelle production

Xl_lise-davidsen-tristan-et-isolde-gran-teatre-del-liceu-2026 © Lise Davidsen

Après une pause de quelques mois, Lise Davidsen est de retour sur scène : au Gran Teatre del Liceu, elle chante sa première Isolde dans une nouvelle production du Tristan et Isolde de Wagner. Une prise de rôle significative, qui en appelle d’autres. 

Ces quelques derniers mois, Lise Davidsen s’est tenue éloignée des scènes lyriques pour donner naissance à des jumeaux. La soprano norvégienne manquait manifestement à ses admirateurs (elle a dû annuler quelques-uns de ses derniers engagements) et son retour est d’autant plus attendu qu’il est marqué par une prise de rôle notable : elle ajoute le rôle d’Isolde à son répertoire, à l’occasion d’une nouvelle production de Tristan et Isolde au Gran Teatre del Liceu de Barcelone, confiée à la metteuse en scène Bárbara Lluch et dirigée par la cheffe Susanna Mälkki.

Revenir sur scène après une grossesse n’est jamais anodin pour une interprète lyrique – notamment du fait des conséquences pour la voix. Dans les colonnes du magazine Platea, Lise Davidsen se dit néanmoins « très chanceuse de ce point de vue », n’ayant constaté aucun changement vocal significatif.

Selon la soprano, « évidemment, après une si longue pause, tout doit se remettre en place progressivement, mais vocalement, j’ai toujours les mêmes sensations ». Elle poursuit : « Je dirais que le principal changement que j'ai constaté est d'ordre psychologique : désormais, mon cœur (...) est à la maison avec mes enfants qui sont ma priorité absolue, et plus uniquement vers la scène comme avant. Pour quelqu'un comme moi qui a passé la majeure partie de sa vie sur scène à chanter, avec pour seul rêve de faire carrière… Comme vous pouvez l'imaginer, cela représente un changement considérable, et je dois avouer que, d'une certaine manière, c'est une sensation encore un peu étrange. Maintenant, remonter sur une scène comme celle du Liceu m'intimide un peu ».

La soprano dit devoir chercher de nouvelles motivations pour poursuivre sa carrière et les trouver dans son engagement envers ses collègues, les maisons d’opéra et envers le public. « Cet engagement a toujours été important, mais je le pense encore davantage aujourd’hui car c’est ce qui m’encourage à continuer ».

Chanter Isolde au bon moment

Le rôle d’Isolde est particulièrement ardu, avec un premier acte exigeant suivi d’un deuxième acte très technique. Une prise de rôle apparait donc ambitieuse pour un retour. Pour autant, Lise Davidsen a déjà chanté le deuxième acte de Tristan et Isolde (à Munich dans une version de concert avec Stuart Skelton, accompagnée par Simon Rattle), et elle estime que la version complète de l’opéra arrive au bon moment dans sa carrière.

On connait son goût pour le répertoire wagnérien et elle doit aussi chanter sa première Brünhilde au Metropolitan Opera au cours des prochaines saisons – dans un Ring des Nibelungen qui s’étalera sur plusieurs saisons, d'abord dans La Walkyrie, puis dans Siegfried l'année suivante, et enfin dans Le Crépuscule des dieux. Ce Ring en plusieurs saisons à New York lui « laissera le temps d’assimiler le rôle » mais dès lors qu’elle sera « concentrée sur Brünhilde au cours des prochaines années », elle estimait « préférable de chanter (s)a première Isolde au préalable » plutôt que de devoir l’intercaler au milieu de la Tétralogie de Wagner.

Une nouvelle production confiée à Bárbara Lluch

D’autant que cette Isolde s’inscrit dans une nouvelle production qui semble séduire la soprano. Le Liceu l’a confiée à la metteuse en scène Bárbara Lluch, qui s’intéresse autant à la narration du livret qu’à la symbolique de l’œuvre – l’amour absolu et transcendant de deux amants. Bárbara Lluch dit s’être inspirée d’une expérience personnelle : « un amour si intense qu'il vous fait vous évader du monde et vous donne le sentiment de devenir partie intégrante de l'immensité de l'univers ». Elle poursuit : « J'ai aimé ainsi, j'ai vécu cette sensation d'être comblée par l'amour, d’en être presque enivrée, de n’avoir besoin ni de boire ni de manger, d’être comblée seulement de l'air que je respire et de la présence de l'être aimé ».

Selon la metteuse en scène, Tristan et Isolde s’aiment déjà au premier acte, avant même de boire le philtre d'amour qui ne sert qu’à accélérer une émotion déjà existante. Le philtre les « pousse simplement à vouloir échapper à la réalité et à rester dans leur propre bulle sans avoir besoin de rien d’autre ». Bárbara Lluch entend raconter cet amour, et se refuse à le réduire à « un cadre domestique » concret et donc forcément un peu étriqué ; cet amour de Tristan et Isolde doit « transcender l’infini ». C’est ce que Bárbara Lluch veut montrer sur scène et Lise Davidsen semble séduite par cette approche : dans la production du Liceu, Isolde est une « authentique jeune fille exaltée », et selon la soprano, cette lecture du rôle « ouvre de nouvelle perspective pour développer du personnage ». Tristan et Isolde est donné au Gran Teatre del Liceu du 12 au 31 janvier. Lise Davidsen partage notamment la scène avec Clay Hilley dans le rôle de Tristan.

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