Leyla Gencer

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Informations générales

  • Nom :Gencer
  • Prénom :Leyla
  • Date de naissance :10/10/1928
  • Date de mort :09/05/2008
  • Nationalité :Turquie
  • Tessiture :Soprano

Biographie

La soprano turque Leyla Gencer a été l'une des figures marquantes de la renaissance du bel canto romantique essentiellement incarné par trois compositeurs, Rossini, Bellini et Donizetti. Mais cette artiste exceptionnelle a eu la malchance de suivre de près Maria Callas dans le temps ! Les deux chanteuses partageaient le même répertoire et même si Leyla Gencer est allée beaucoup plus loin dans l’exploration de l’univers belcantiste, elle a incontestablement souffert d’une trop grande proximité avec l’une des légendes de l’histoire de l’opéra. Dotée d’un timbre immédiatement reconnaissable, la chanteuse excellait dans la conduite du legato et savait jouer d’une large palette de nuances subtiles, portant sa grande voix jusqu’aux pianissimi les plus éthérés. Leyla Gencer était de surcroît une comédienne à l’instinct dramatique très sûr et ses interprétations pleines d’humanité ont largement contribué à lui assurer la suprématie sur scène dans les années 1960-1970. Donizetti a été la grande passion de la soprano turque, qui confiait être particulièrement touchée par « sa capacité à comprendre les nombreuses variations qui peuvent affecter l’âme humaine ». Elle était Marie Stuart montant à l’échafaud, elle vivait les derniers instants d’Anna Bolena se remémorant les jours heureux au seuil de la mort. Leyla Gencer était fière d’expliquer à quel point, lors de la scène finale de Maria Stuarda, ses partenaires étaient émues par son apparition : « Je m’avançais au milieu des dames de compagnie en attaquant l’extraordinaire récitatif d’introduction, et je voyais les larmes couler sur leur visage : elles y croyaient vraiment ! ».

Leyla Gencer est née à Istanbul le 10 octobre 1928. Elle étudie le chant au Conservatoire de sa ville natale avec une des grandes sopranos italiennes des années 1920-1930, Giannina Arangi-Lombardi (1891-1951). La jeune fille fait ses premiers pas sur la scène du Théâtre national d’Ankara en 1950, en Santuza, dans Cavalleria rusticana de Mascagni. Elle poursuit ensuite sa carrière avec Verdi et Puccini, puis aborde l’opéra allemand et français. Elle participe à la création mondiale de Dialogues des carmélites de Poulenc, où elle incarne Madame Lidoine, pour ses débuts à la Scala de Milan, en janvier 1957. Cette année-là est aussi celle du commencement d’une belle et longue histoire avec Donizetti. Leyla Gencer remplace au pied levé la soprano qui devait chanter le rôle-titre de Lucia di Lammermoor à l’Opéra de San Francisco. C’est un exploit, car la chanteuse ne connaît que la fameuse scène de la folie et elle n’a que cinq jours pour apprendre le rôle ! L’année suivante, la RAI propose à Leyla Gencer de chanter Anna Bolena, un opéra dans lequel Maria Callas a remporté un triomphe à la Scala. Il s’agit de reprendre l’ouvrage avec le même chef, Gianandrea Gavazzeni, le meilleur connaisseur de Donizetti, et la même partenaire, Giulietta Simionato, en Giovanna. Leyla Gencer incarne une Anna tellement bouleversante qu’elle s’empare définitivement du rôle pour les vingt ans à venir.

En 1960, la soprano turque succède une fois de plus à Maria Callas dans Poliuto, à la Scala de Milan. Puis, en 1964, au San Carlo de Naples, elle triomphe en Elisabetta dans Roberto Devereux, un opéra jusqu’alors oublié. Deux ans plus tard, toujours au San Carlo, Leyla Gencer aborde Lucrezia Borgia. Elle poursuit son exploration du répertoire de Donizetti en 1967, à Florence, où elle est acclamée dans Maria Stuarda. Viennent ensuite trois premières au XXème siècle : Belisario, à Venise, en 1969, Caterina Cornaro, en 1972, à Naples, et enfin, en 1975, à Bergame, Les Martyrs, adaptation française de Poliuto. A travers neuf opéras et neuf héroïnes magistralement incarnées, Leyla Gencer a bâti sa carrière en ressuscitant des ouvrages injustement ignorés qui sont désormais régulièrement à l’affiche des opéras du monde entier. Mais, sa prédilection pour Donizetti ne l’a pas empêchée de chanter Rossini et Bellini, deux autres grands noms du bel canto. Leyla Gencer a ainsi été une Norma captivante et une fascinante Elisabetta, dans Elisabetta, regina d’Inghilterra de Rossini. Elle s’est aussi illustrée dans les premiers opéras de Verdi dont l’écriture vocale reste proche de celle du bel canto en contribuant à la résurrection d’ouvrages comme I due Foscari, à Venise, en 1957 ou encore Attila, en 1972, à Newark.

Il y a cependant une ombre à ce tableau exceptionnel. Leyla Gencer demeure une artiste « confidentielle », immensément admirée et appréciée des seuls mélomanes bien décidés à la suivre à travers ses dizaines d’enregistrements captés sur le vif. Car la chanteuse n’a pas eu les honneurs du disque et il ne reste de son art éblouissant que des captations imparfaites, ces fameux « pirates » qui lui ont valu le surnom de « fiancée des pirates » ! Aujourd’hui, nous ne disposons que de live heureusement regroupés dans de nombreux CD.

En 1979, Leyla Gencer donne une ultime Lucrezia Borgia à Naples. Après cet adieu à Donizetti, elle apparaît une dernière fois, à la Fenice de Venise, dans un ouvrage tombé dans l’oubli La prova di un’opera seria de Francesco Gneco, un précurseur de Rossini. Conclusion logique pour celle qui a tant œuvré à la résurrection de tant d’œuvres oubliées. La chanteuse consacre les dernières années de sa carrière au récital et à l’enseignement en s’investissant dans l’Academia di perfectionamento vocale de la Scala de Milan, dont elle est nommée directrice artistique en 1997. Elle se consacre aussi à l’organisation du concours qu’elle a créé à Istanbul en 1995 et qui porte son nom. Jusqu’à sa disparition, le 9 mai 2008, à Milan, elle œuvre pour la diffusion de son art avec l’exigence de la perfection qui l’a toujours guidée. Trop longtemps laissée dans l’ombre par l’immense retentissement de Callas, Leyla Gencer demeure une des artistes majeures du XXème siècle en ce qui concerne la renaissance du bel canto : les lyricomanes de tous pays lui gardent, entre autres, pour cela une reconnaissance qui ne se dément pas et que ses disques continuent de nourrir.

Catherine Duault

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