Juan Diego Flórez de retour au Liceu de Barcelone, en état d’urgence

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La normalité est de retour au Gran Teatre del Liceu de Barcelone – du moins, une forme de normalité dont nous savons maintenant qu’elle ne sera jamais plus un vrai retour au monde d’avant. Un retour à la normalité à la fois lent, difficile, mais aussi courageux, que ce soit pour les artistes et les équipes techniques, tout autant que pour le public.

Juan Diego Flórez aurait dû interpréter son récital au Liceu en mai dernier. La pandémie en aura décidé autrement : le concert a été reprogrammé, scindé en deux soirées distinctes, les 21 et 23 octobre, afin de pouvoir accueillir l’ensemble du public qui avait acheté un billet, dans une salle dont la capacité d’accueil est maintenant réduite de moitié.

Ici, Juan Diego Flórez est accompagné au piano par Cécile Restier – qui a l’occasion de briller à plusieurs reprises au cours de la soirée dans l’exécution de courts morceaux intercalés entre les airs interprétés par le ténor péruvien. Sans doute pour faire honneur à l’année Beethoven, Juan Diego Florez débute avec trois ouvrages du compositeur de Bonn, Adelaïde, Der Kuss et Ich liebe dich. Et ce n’était peut-être pas un choix judicieux dans la mesure où Juan Diego Florez est un grand ténor opératique, mais pas un bon chanteur de Lieder. Chaque note est exécutée avec une technique parfaite, mais la performance manque de l’intimité et de la profondeur psychologique nécessaires au Lied. Les trois œuvres de Richard Strauss qui suivent sont meilleures : Zueignung, Heimliche Aufforderung et Cäcelie.

Une fois cette contribution au répertoire allemand passée, nous voguons vers un territoire italien dans lequel Juan Diego Flórez navigue avec bien plus d’aisance. Il débute avec une œuvre légère, la chanson Ma rendi pur contento des Composizioni da camera de Bellini, avant de s’aventurer dans le répertoire opératique avec l’aria Meco all’altar di Venere extrait de Pollione, puis la cabaletteMe protegge, me difende de Norma. Si Pollione n’est peut-être pas son rôle idéal, la voix sonne déjà ici merveilleusement. Puis suit l’imposant et très exigeant Brezza del suol natìo… Dal più remoto esilio… Odio solo, ed odio atroce extrait d’I due Foscari de Verdi. Là, Juan Diego Flórez déploie un magnifique style verdien, qu’il maîtrise parfaitement. Le programme nous conduit ensuite vers le répertoire français avec l’air Vainement ma bien aimée, du Roi d’Ys, de Laho et une interprétation superbe de Ah ! Lève-toi soleil ! du Roméo et Juliette de Gounod, sans faire l’impasse sur les notes les plus hautes.

Le récital est censé s’achever avec un retour au répertoire italien, et une autre interprétation impressionnante du célèbre Che gelida manina de La Bohème de Puccini. Les récitals de divo proposent néanmoins souvent quelques bis, jamais annoncés mais toujours espérés et ce soir, Juan Diego Flórez se montre particulièrement généreux. Tout en s’accompagnant à la guitare, dont il joue très honorablement, Juan Diego Flórez entonne une chanson italienne Parlami d’amore, Mariù, puis divers chants d’Amérique latine en espagnol : De domingo a domingo, Cielito lindo, El día que me quieras, La flor de la canela et Cucurrucucú paloma, qui achève d’embraser le public, debout et qui en réclame encore davantage.

De nouveau accompagné au piano, Juan Diego Flórez offre alors deux (luxueux) airs supplémentaires. D’abord, l’aria Pour mon âme de La Fille du Régiment de Donizetti, avec les célèbres neuf contre-ut qu’il aborde – comme toujours – impeccablement. Et finalement, il interprète une surprenante version du Nessun dorma du Turandot de Puccini, qui conduit le public à une explosion d’applaudissements passionnés.

Les derniers mois nous ont conduits à évoluer. Mais certaines choses ne changent pas, et pour l’instant, la fascination du public pour les grandes voix est assurément l’une d’entre elles.

traduction libre de la chronique de Xavier Pujol
Barcelone, 21 octobre 2020

Juan Diego Flórez, ténor. Cécile Restier, piano. Musique de Beethoven, Strauss, Donizetti, Bellini, Verdi, Massenet, Lalo, Gounod, Respighi et Puccini. Gran Teatre del Liceu.

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