Les contes d’Hoffmann à la Royal Opera House, Covent Garden

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Les Contes d’Hoffman de Jacques Offenbach est un opéra inspiré de trois nouvelles de E. T. A. Hoffmann et dont le livret français a été écrit par Jules Barbier. Il a été créé au Théâtre National de l'Opéra Comique de Paris le 10 février 1881 dans une version en trois actes (avec le prologue et l’épilogue), mais Offenbach, décédé quatre mois plus tôt, n’a jamais pu voir son opéra dans son intégralité. Une version courte avait été cependant présentée dans la demeure du compositeur, au 8 Boulevard des Capucines, le 18 mai 1879, puis une version en quatre actes avec récitatifs a été mise en scène au Ringtheater de Vienne le 7 décembre 1881.


Les Contes d'Hoffmann
ROH © Catherine Ashmore



Sonya Yoncheva, Les Contes d'Hoffmann
ROH © Catherine Ashmore

Cet opéra met en scène trois nouvelles d’Hoffmann – Der Sandmann (l’Homme au Sable) datant de 1816, Rath Krespel (le Conseiller Crespel) datant de 1818 et Das verlorene Spiegelbild (l’Histoire du Reflet Perdu), tirée de Die Abenteuer der Sylvester-Nacht (les Aventures de la Nuit de la Saint-Sylvestre), qui date de 1814 – et les relie entre elles en faisant tenir à Hoffmann le rôle principal.

L’histoire débute dans une taverne de Nuremberg, où l’on découvre Hoffmann songeant à la diva Stella. Cette dernière lui a envoyé une lettre lui demandant de venir la rencontrer, mais elle a été  interceptée par le pernicieux Conseiller Lindorf, qui a l’intention de prendre sa place. La Muse est également présente. Souhaitant qu’Hoffmann lui soit entièrement dévoué et qu’il renie toutes ses autres amours, elle a pris l’apparence de son meilleur ami, Nicklausse. Ces évènements se déroulent lors du Prologue, et les trois actes suivants racontent les histoires d’amour qui ont marqué la vie d’Hoffmann.

Parmi ses anciennes amours, on trouve Olympia, un automate qu’on lui présente abusivement comme une vraie femme, Antonia, une musicienne talentueuse qui risque de perdre la vie si elle continue de chanter et la courtisane Giulietta. À chaque fois, son aventure amoureuse se termine tragiquement. Olympia, qui est une simple poupée, est détruite, Antonia meurt après avoir chanté et Giulietta le quitte pour un homme malhonnête, Pittichinaccio, après avoir quasiment volé son âme. Chaque mort (ou damnation dans le cas de Giulietta) découle d’une manière ou d’une autre des agissements de Lindorf, qui réapparaît dans chaque histoire sous les traits d’un personnage différent. Les trois femmes représentent des facettes différentes de Stella, tour à tour jeune fille, musicienne et courtisane. Durant l’épilogue, Stella se rend auprès d’Hoffmann, désabusé après s’être remémoré ces drames. Lindorf entre en scène et en profite pour la persuader de le quitter. À cet instant, la Muse, jusqu’alors cachée sous les traits de Nicklausse, lève le masque et incite Hoffmann à renaître à la vie grâce à la poésie.

Dans la mise en scène originale de John Schlesinger de 1980, reprise cette fois par Daniel Dooner, l’ordre des trois histoires d’amour a été modifié, et la scène de Giulietta précède celle d’Antonia. Cette inversion est peut-être due au fait que l’histoire de Giuletta nécessite une scénographie plus élaborée. En la plaçant au milieu du spectacle, cela permet de créer deux entractes qui facilitent les changements de décor les plus longs. Mais cette modification permet également d’établir une progression dans les relations d’Hoffmann avec les femmes. Olympia est irréelle, Giulietta est bien réelle mais n’éprouve pas de réels sentiments pour lui, tandis qu’Antonia est la seule qui soit sincèrement amoureuse. Par ailleurs, les scénarios deviennent de plus en plus tristes, car Antonia est de loin la plus authentique et sympathique des trois femmes, ce qui rend sa disparition d’autant plus tragique.


Kate Lindsey, Les Contes d'Hoffmann
ROH © Catherine Ashmore

Les décors de William Dudley évoquent à merveille l’ambiance d’une taverne de Nuremberg, dotée de banquettes à dossiers hauts, de passerelles et d’escaliers en bois qui dominent la scène. Cette structure de base très simple s’avère extrêmement flexible. Après quelques ajustementset l’ajout d’habillages, la taverne devient le laboratoire du scientifiqueSpalanzani et la maison de Crespel, le père d'Antonia. Les synergies créées entre les espaces ainsi que de nombreux autres détails inventifs renforcent l’interconnexion entre les histoires. Par exemple, le personnage funeste de Lindorfapparaît dans chaque scénario en sortant d’un étui de violoncelle ou à travers une tête de lit. L’histoire la plus marquante est certainement celle de Giulietta, qui se déroule à Venise et inclut la célèbre barcarolle Belle nuit, ô nuit d'amour. La musique et les décors hautement évocateurs instaurent une atmosphère sensuelle et décadente, entre autres grâce aux arcades qui rappellent le palais vénitien Ca d’Oro et à une gondole qui file le long d’un canal.

La direction musicale puissante d’Evelino Pidò est complétée par une excellente distribution. Le rôle d’Hoffmann est magnifiquement servi par la voix impressionnante et expansive du ténor Vittorio Grigolo (Leonardo Capalbo reprendra le rôle lors de deux représentations). La mezzo-soprano Kate Lindsey apporte des nuances originales au personnage de Nicklausse, et Thomas Hampson interprète Lindorf et ses personnages équivalents, Coppélius, Dappertutto et Miracle, avec une grande élégance. Les trois femmes sont également magnifiquement interprétées par Sofia Fomina (Olympia), Christine Rice (Giulietta) et Sonya Yoncheva (Antonia), qui nous offrent d’exquises prestations vocales. Cette production sera diffusée en direct dans des cinémas du monde entier le 15 novembre 2016.

Traduction libre de la chronique de Sam Smith

Les Contes d'Hoffmann, du 7 novembre au 3 décembre 2016, à la Royal Opera House, Covent Garden
Crédit photo : Catherine Hashmore

 

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