Une Walkyrie d'anthologie au Festival d'été de Baden-Baden

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Affluence des grands jours au Festspielhaus de Baden-Baden, en ce dimanche 10 juillet, pour une Walkyrie de Richard Wagner qui affichait – dans le cadre de son festival d'été – les meilleurs chanteurs wagnériens du moment. Si la défection de dernière minute de Jonas Kaufmann – pour raison de santé – a pu douché un temps l'enthousiasme de certains de se rendre au Festspielhaus, c'était sans compter sur un remplaçant en tout point exceptionnel qui a réussi la gageure à faire – dès son entrée en scène - oublier l'absence de l'illustre chanteur allemand. Car le ténor autrichien Andreas Schager peut d'ores et déjà prétendre à la troisième place – après Kaufmann et Vogt – du meilleur ténor wagnérien du moment, grâce à un chant superbement nuancé, allié à une puissance vocale inouïe et une vaillance qui ne sera jamais prise en défaut tout au long de la soirée. Ses aigus et son souffle surhumains lui permettent ainsi de darder les « Wâlse ! » les plus puissants et longuement tenus que nous ayons jamais entendus (plus de dix secondes chacun !). Ce n'est pas par hasard si le festival de Bayreuth l'a engagé pour tenir de rôle-titre de Parsifal pour son édition de 2017, et l'on peut lui promettre le plus brillant des avenirs. De son côté, la sublime soprano néerlandaise Eva-Maria Westbroek s'avère la plus authentique, la plus glorieuse, le plus ardente des Sieglinde, la seule à s'inscrire aujourd'hui dans la lignée de Gwyneth Jones et Leonie Rysanek. De l'aigu au bas médium, la voix sonne superbement égale, richement dosée, généreuse et expressive. Son tempérament explosif lui permet d'extérioriser une passion qui balaie tout sur son passage... et arrache au public des Hourras proches de l'hystérie au moment des saluts.

Véritable torche humaine - et inoubliable Elektra au Festival d'Aix-en-Provence en 2013 -, la soprano allemande Evelyn Herlitzius est une Brünnhilde électrique et électrisante, protagoniste à l'intense présence, dotée d'une riche palette expressive et d'une voix à l'ampleur phénoménale, aux aigus projetés tels des javelots, qui lui permettent de surclasser sans peine toutes ses rivales du moment (dans ce rôle). Son Wotan – la magnifique basse allemande René Pape - offre avec elle le curieux contraste d'un personnage plutôt introverti, tout en atteignant - au niveau vocal - l'excellence de ses partenaires, grâce à une ligne de chant impeccable et savamment modulée, et une clarté d'élocution exemplaire. Il parvient à détailler son monologue comme un lied, tout en lançant un « Geh ! », à la fin du II, à vous glacer les sangs. La Fricka de la mezzo russe Ekaterina Gubanova se hisse elle aussi au premier rang, avec un beau velours sombre et égal, et la passion d'une Junon sans trace de caricature. Son compatriote Mikhaïl Petrenko campe un Hunding idéalement sombre, davantage un personnage tout d'une pièce qu'un être humain capable de justifier ses actions. Enfin, les huit Walkyries – toutes issues de la troupe du Mariinsky – offrent un ensemble très homogène et plus que satisfaisant.

Très fidèle à Baden-Baden (qui compte une importante communauté russe), Valery Gergiev dirige ici son Orchestre du Théâtre Mariinsky (dont nous avons pu goûter l'excellence pas plus tard que le mois dernier dans son fief pétersbourgeois). Son traitement des violoncelles et des contrebasses, notamment, est absolument magique, et l'on admire autant sa flexibilité et sa tendresse dans les épanchements romantiques que son sens de la construction dans les paroxysmes dramatiques. Un bémol sur la direction du grand chef russe cependant : malgré l'extraordinaire qualité de son obtenue, sa battue s'avère particulièrement métronomique, pour ne pas dire mécanique, et plus étonnant encore, il n'accorde jamais le moindre regard à son plateau, y compris pour les départs, pourtant précisément donnés.

Nous languissons néanmoins de réentendre le maestro russe à la tête de sa formidable phalange, le mois prochain au Festival International d'Edimbourg, où il dirigera L'Or du Rhin cette fois, le Prologue qui précède cette première journée du Ring qu'est La Walkyrie.

Emmanuel Andrieu

La Walkyrie de Richard Wagner au Festspielhaus de Baden-Baden, le 10 juillet 2016

Crédit photographique © Andrea Kremper

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