Une savoureuse Périchole à l'Opéra Grand Avignon

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Les commémorations du bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach continuent d’aller bon train, et c’est cette fois l’Opéra Grand Avignon qui paie son tribut au compositeur franco-allemand, en affichant La Périchole, pour deux soirées, le temps d’un week-end. Alors que la nomination de son remplaçant ne devrait plus tarder, Pierre Guiral en a proposé la mise en images à un vieil ami et confrère, le protéiforme homme de théâtre français Eric Chevalier. Remercié de son poste de directeur général et artistique de l’Opéra de Nice de manière aussi péremptoire qu’inélégante par la mairie en début d’année, ce dernier est donc revenu à ses premières amours (même s’il ne les avait pas quittées tout à fait…), c’est-à-dire à celles de démiurge du théâtre puisqu’il signe souvent – comme c’est le cas ici – les décors, les éclairages et les costumes, en plus de la mise en scène. La scénographie est certes sommaire, mais néanmoins efficace, avec seulement cinq panneaux mobiles qui reçoivent des projections vidéo, généralement pour caractériser le lieu de l’action (rue, palais, cachot...), mais aussi révéler une hilarante galerie de portraits du monarque ! Et si l’on déplorait, deux jours plus tôt à l’Opéra de Saint-Etienne, la versatilité des costumes, le mélange, ici, fait sens : si les solistes arborent des costumes du XVIIIe siècle, c’est dans leurs habits de tous les jours qu’apparaissent les choristes, dans le dernier acte, en hommage au peuple de Lima (où se déroule l’histoire), qui est actuellement dans la rue (comme le lecteur doit le savoir…). Et, bien sûr, les incontournables calembours et références à l’actualité sont également de mise : de Gérard Depardieu à la Reine des Neiges, en passant par « l’affaire Balkany », tout y passe ! 

C’est ici la sculpturale mezzo française Marie Karall qui offre sa voix opulente et corsée au rôle-titre. En plus d’être glamour et vocalement glorieuse, on applaudit aussi l’incarnation qui ne laisse pas dans l’ombre ni la fragilité ni le côté fantasque du personnage. Elle forme ainsi un couple crédible avec son amoureux, le jeune (et très attachant) ténor belge Pierre Derhet, distingué en 2016 par le Premier prix de l’Académie de chanteurs du Théâtre Royal de la Monnaie. En plus d’incarner un Piquillo éminemment sympathique, le jeune chanteur se montre superbement chantant, fort châtié de style, et s’exprimant dans un français exemplaire. Un nom à suivre assurément ! De son côté, l’incontournable (dans les opéras du sud de la France…) Philippe Ermelier ne fait qu’une bouchée du rôle du Vice-Roi, avec sa faconde naturelle et son sens inné du comique, auxquels il faut ajouter une réjouissante truculence et un sens imparable du second degré. On ne se lasse pas non plus des facéties de l’impayable duo que forment Enguerrand de Hys (Don Miguel) et la basse franco-italienne Ugo Rabec (Don Pedro), qui multiplient facéties et numéros irrésistibles pour le plus grand bonheur d’un public qui ne boude pas son plaisir, et rit de bon cœur à chacune de leurs pitreries ! Les trois Cousines (Ludivine Gombert, Roxane Chalard, Christine Craipeau) ne sont pas en reste, et montrent un réel abattage tant scénique que vocal. Enfin, au sein de cette distribution fort judicieuse, Jean-Claude Calon – omniprésent ici puisqu’il « fait le show » pendant l’ouverture ainsi qu'à chaque début d’actes – campe un inénarrable Vieux Prisonnier qui, de décennie en décennie, progresse vers une improbable évasion armé de son seul petit opinel !

Enfin, comme à leur bonne habitude, l’Orchestre Régional Avignon-Provence et le Chœur de l’Opéra Grand Avignon sont d’un excellent niveau, et le Premier chef invité de la phalange provençale, Samuel Jean qui connaît bien son Offenbach, les mène avec entrain et dynamisme. Et si quelques décalages entre fosse et plateau sont à déplorer dans un ou deux ensembles, c’est péché véniel en regard de la réussite globale de l’entreprise...

Emmanuel Andrieu

La Périchole de Jacques Offenbach à l’Opéra Grand Avignon, le 10 novembre 2019

Crédit photographique © Cédric Delestrade

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