Une Fairy Queen de Purcell mal défendue à l'Opéra Grand Avignon

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Conçu comme une séquence de « masques », The Fairy Queen de Henry Purcell ne compte pas moins de cinquante-neuf numéros musicaux, insérés entre les actes d'une version expurgée du fameux Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare, revu et corrigé à la fin du XVIIIe siècle. Une représentation intégrale de l'ouvrage dépasserait donc les cinq heures, et le spectateur devrait endurer d'interminables passages de théâtre parlé, pour enfin goûter aux incontestables merveilles de la partition.

Signataires d'un formidable Orfeo de Monteverdi in loco en 2012, le couple (à la scène comme à la ville) Caroline Mutel (à la mise en scène) et Sébastien d'Hérin (à la tête de son orchestre Les Nouveaux Caractères) est loin de convaincre, cette fois. On ne pourra pas leur reprocher – pour les raisons préalablement invoquées – d'avoir réduit l'ouvrage à 1h40 de musique, mais beaucoup plus d'avoir inventé une toute nouvelle histoire, s'affranchissant autant de l'ouvrage de Shakespeare que de celui de Purcell. Exit Titania, Lysandre, Puck et autre Oberon, pour laisser place à des personnages répondant aux noms de  Première ou Seconde femme, Eté ou Hiver etc. L'action est transposée pendant la première Guerre Mondiale, la scénographie (unique) nous montrant un espace laminé par les obus... un univers à l'antithèse de la féerie du livret ! Bref, le spectateur est perdu d'entrée de jeu et l'ennui gagne très vite...

Las, formidables il y a trois ans dans Orfeo, Les Nouveaux Caractères pataugent carrément en début de soirée - quand bien même protégés du sol par les petites passerelles de bois qui les surélèvent par rapport au plateau... Les choses s'améliorent heureusement quelque peu par la suite, et puis, à leur décharge, nous avons appris, à l'issue du spectacle, que la production n'avait pu compter que sur une petite semaine de répétition...

Le plateau s'en tire mieux, hors le calamiteux contre-ténor français Christophe Baska (Le Secret, Eté) dont la technique s'avère des plus défaillantes. Pour le reste, si le timbre de la cantatrice/metteuse en scène Caroline Mutel (La Nuit, Première femme) a perdu de son émail et de sa fraîcheur, celle de Hjordis Thébault (Seconde femme) continue de séduire : son chant, émouvant et intense, et sa voix, ample et sonore, accrochent derechef l’oreille de l'auditoire. Sarah Jouffroy (Deuxième fée, Le Mystère) s'avère également en-deçà de sa prestation dans Orfeo, reproche que l'on ne fera pas, en revanche, à Virginie Pochon (Première Fée) qui nous gratifie d'un chant d'une souveraine dignité, et empli d'une rayonnante émotion. Côté Messieurs, la production se paye le luxe de la voix en or de Guillaume Andrieux – fraîchement sorti de son Pelléas toulonnais -, et la grande classe de la basse Frédéric Caton (Sommeil, Hiver, Hymen), aux graves profonds et au jeu sobre et solennel. Les autres solistes de déméritent pas, avec une mention particulière pour le ténor britannique Thomas Michael Allen - pour son timbre délicat et la richesse de ses ornementations.

Emmanuel Andrieu

The Fairy Queen de Henry Purcell à l'Opéra Grand Avignon,  le 10 février 2016

Crédit photographique © Opéra Grand Avignon

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