Un Jonas Kaufmann fébrile puis victorieux à l'Odéon d'Hérode Atticus d'Athènes

Xl_jonas_kaufmann___ath_nes

Curieux concert que celui donné par Jonas Kaufmann dans l’un des plus anciens et plus beaux théâtres du monde, l’extraordinaire Odéon d'Hérode Atticus en contrebas de l’Acropole d’Athènes. Commencé de manière prudente, il se termine de manière triomphale, mais le ténor allemand se sent obligé de se justifier à l’issue de son dernier air (le fameux « Nessun dorma »). Mains mises en entonnoir, il explique (en anglais) aux quelques 5000 spectateurs agglutinés sur les marches de l’amphithéâtre que les règles sanitaires ont obligé les instrumentistes à s’éloigner les uns des autres (une mesure ignorée sur les 32 gradins...) reléguant le chanteur loin du mur et quasiment au niveau du premier rang d’orchestre, ce qui n’a pas été sans lui poser des « problèmes acoustiques ». Il pousse d’ailleurs le postulat jusqu’au bout et  à titre d'exemple, il revient au milieu de la petite harmonie pour reprendre « Vincero ! » a capella et, de fait, la voix se fait alors beaucoup plus sonore et présente.


Récital Jonas Kaufmann © Greek National Opera (2021) 


Récital Jonas Kaufmann © Greek National Opera (2021)

Et les auditeurs se seront bien rendus compte que les deux premiers airs entonnés par leur ténor favori, en l’occurrence « Recondita armonia » (extrait de Tosca) et « Celeste Aïda » ne sont pas délivrés avec la puissance et la sûreté dont il est pourtant coutumier, visiblement contrarié par un Orchestre National de Grèce qui le déstabilise, car lui favorisé acoustiquement par le mur. Pourtant cela ne semble pas être le seul problème car il finira chacun de ses airs en tournant le dos au public pour tousser dans ses mains, et trois jours plus tard, il déclarait forfait (pour cause de trachéite !) au concert d’ouverture de la saison 21/22 de la Bayerische Staatsoper. Mais fort de son expérience et manifestement heureux d’être là, Jonas Kaufmann rassemble toutes ses forces et son courage pour rendre ce concert inoubliable pour le public athénien, un pari qu’il finit par réussir. Et, de fait, dès son troisième air, le célébrissime « Air de la fleur » (dans Carmen), il est vrai moins exigeant en termes de décibels, l’Allemand fait fondre les cœurs, notamment au travers d’un Si bémol final aussi évanescent qu’éthéré. Souverain également, son air extrait du Cid de Massenet « Ô Souverain, ô juge, ô père ! », qui cache sous sa cuirasse un cœur généreux, avec une urgence dans le phrasé, une générosité dans les aigus, et des accents bouleversants qui provoquent des vivats parmi le public. Revenant au répertoire vériste, Jonas Kaufmann s’attaque tour à tour à Cavalleria RusticanaQuel vino è generoso »), Andrea ChénierUn di all’azurro spazio ») et enfin TurandotNessun dorma »). Comme à son habitude, il y brûle d’un véritable feu intérieur, montrant un engagement dramatique et un magnétisme qui lui sont propres, avec un registre aigu bien plus libéré qu’en début de représentation.

Les quatre bis font définitivement chavirer le public : un « E Lucevan le stelle » irrésistible d’ardeur et bouleversant de poésie, le traditionnel « Je t’ai donné mon cœur » (« Dein ist mein ganzes Herz ») de Franz Lehar abordé avec la même concentration et force de conviction que l’air de Mario, et deux chansons napolitaines dont le célèbre « Core ‘ngrato » qui clôt de manière festive la soirée sous le ciel étoilé d’Athènes. Entrecoupant chaque air, de (trop) nombreux intermèdes symphoniques (telle l’inévitable Ouverture de La force du destin ou l’Intermezzo de Cavalleria) auront émaillé la soirée, sous la battue toujours aussi terne et peu inspirée du tout aussi inévitable chef allemand Jochen Rieder, que Jonas Kaufmann continue d’imposer lors de la plupart de ses récitals avec orchestre.

Emmanuel Andrieu

Récital de Jonas Kaufmann à l’Odéon d'Hérode Atticus d’Athènes, le 13 septembre 2021

Crédit photographique © Emmanuel Andrieu

| Imprimer

En savoir plus

Commentaires

Loading