Un enthousiasmant Requiem de Verdi à l'Arsenal de Metz

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C’est une riche saison musicale que propose La Cité musicale de Metz, qui se décline en trois lieux disséminés dans la cité lorraine (l’Arsenal, le BAM et les Trinitaires), et qui s’ouvre à toutes les musiques. Mais la musique classique continue de tenir le haut du pavé, et la musique vocale sacrée est également très présente avec des exécutions - lors de cette saison 19/20 - de la Messe en Ut de Mozart (le 7/12), des Magnificat(s) de Bach (le 30/11), du Stabat Mater de Pergolèse (avec Gens et Lemieux, le 12 décembre), mais aussi des récitals de stars du chant baroque, comme le bondissant Jakub Jozef Orlinski (le 14/1), Sandrine Piau (dans un récital d’airs de Vivaldi, le 27/3) ou encore Philippe Jaroussky (le 28/4). Mais pour l’heure, place au grandiose Requiem (1874) de Giuseppe Verdi, avec les forces vives de l’Orchestre National de Metz, qui s’est produit deux jours plus tôt avec le même programme à la cathédrale Saint-Louis des Invalides. Mais il joue cette fois dans ses locaux historiques : la sublime Salle de l’Arsenal, réputée comme l’une des meilleures d’Europe pour son acoustique. Ce n’est exceptionnellement pas son nouveau directeur musical qui est à sa tête, l’excellent David Reiland, celui-ci ayant laissé la baguette au chef américain Scott Yoo, directeur musical d’une autre phalange (outre-Atlantique), celle de Mexico.

Par bonheur, c’est toujours le risque avec cette partition, Yoo a compris que l’œuvre - même si elle frise parfois avec la théâtralité de l’opéra - doit avant tout une grande part de mystère et de ferveur. Le Dies iræ n’est ainsi jamais pompeux, et l’on y sent toute l’angoisse du croyant. L’orchestre est par ailleurs remarquablement tenu, la sonorité riche en couleurs, les phrasés sont souples, les lignes distinctes : tout le contraire de la lourdeur appuyée d’un Valery Gergiev, que l’on a pu entendre dans l’ouvrage... Après un Offertoire aérien, le Sanctus éclate, jubilatoire, montrant la superbe maîtrise atteinte par le Chœur de l’Orchestre de Paris, magnifiquement préparé par Lionel Sow (qui le dirige depuis 2011).

Dans la redoutable partie de soprano, la roumaine Teodora Gheorghiu crée la surprise : belle voix plus charnue que ce que l’on pensait (son répertoire de prédilection est la musique baroque et le belcanto…), quoique qu’un peu métallique, et parfois un peu timide : le Libera me est délivré avec un Si bémol sur le fil du rasoir. La surprise vient également du ténor messin Florian Laconi, grand habitué des rôles les plus lourds du répertoire français (Don José, Hoffmann…), et qui offre ce soir un chant tout en nuances, phrasant très joliment son Ingemisco, sans en faire spécialement un air d’opéra. Nouveau très beau moment avec le Confutatis où les pizzicati des contrebasses rythment avec douceur la douloureuse complainte dévolue à la basse française Jérôme Varnier, dont le registre grave donne le frisson tandis que l’aigu se montre parfois rebelle. Enfin, le timbre de soie de Valentine Lemercier nous change agréablement des bulldozers généralement distribués dans cette partie, et sa musicalité, sa sobriété et sa rondeur font notamment merveille dans le Liber scriptus.

Face à une telle réussite, le public lorrain ne s’y trompe pas et fait un triomphe à l’ensemble des artistes aux saluts !

Emmanuel Andrieu

Le Requiem de Giuseppe Verdi à l’Arsenal de Metz, les 4 & 6 octobre 2019
 

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