Tosca à Marseille : une reprise et un sauvetage

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Durant les fêtes de fin d'année, l'Opéra de Marseille avait sauvé sa Bohème mise en scène par Louis Désiré. L'infatigable directeur de l'établissement, Maurice Xiberras, vient d’obtenir une nouvelle victoire en préservant la Tosca prévue en cette mi-février (bien que donnée sans public), dans la reprise du spectacle que le même Louis Désiré avait signé pour la maison phocéenne en 2015. Malgré quelques adaptations dues à la pandémie (exit par exemple le chœur d’enfants pendant le Te Deum, remplacé ici par quelques choristes voilés comme des nonnes), le travail de Louis Désiré se laisse déguster avec toujours autant de plaisir, à la fois oppressant par sa noirceur, et esthétisant avec ses nombreuses approches cinématographiques, telle la superbe image finale où Tosca disparaît dans un halo de lumière.

La mouture « 21 » bénéficie d’une distribution encore meilleure dans les deux premiers rôles qu'en 2015. Avant de chanter le rôle-titre d’Aïda à l’Opéra de Paris en mars prochain (ou pas…), c’est donc à Marseille que l’on découvre la soprano américaine Jennifer Rowley, dans un rôle qu’elle a interprété de nombreuses fois au Metropolitan Opera. Disons-le d’emblée, la chanteuse a tout pour elle : un timbre d’une exquise beauté et gorgé d’harmoniques, une vraie sincérité théâtrale, et un chant contrôlé avec art qui passe de l’émotion à la violence sans le moindre effort.
Avec une implication physique rare (qui fait parfois penser à son compatriote José Cura), le ténor argentin Marcelo Puente offre lui aussi un timbre particulièrement séduisant et aguicheur. Après une entrée un peu courte d’inspiration et de justesse, il trouve heureusement vite ses marques et compose un Mario aussi ardent qu’élégant. La puissance est bien là, avec des aigus éclatants (Vittoria ! Vittoria !), ainsi qu’un art accompli des demi-teintes et des allègements. Dommage que le baryton coréen Samuel Youn ne cesse de surjouer, car vocalement le compte y est : une voix tranchante et mordante, capable d’éclats donc, mais plus inquiétante dans les accents insinuants dont la douceur laisse entrevoir les pires horreurs. Les seconds sont peu ou prou les mêmes qu’il y a six ans, et l’on s’en félicite, avec une mention pour le Spoletta fielleux de Loïc Félix. Le Chœur de l’Opéra de Marseille, placé au premier balcon (pour un effet saisissant pendant le Te Deum !) et toujours aussi bien préparé par Emmanuel Trenque, participe au succès de la représentation.

À la tête d’un Orchestre de l’Opéra de Marseille bien disposé mais réduit à une vingtaine d’instrumentistes, Giuliano Carella fait tout ce qu’il peut pour donner son dramatisme à la partition de Giacomo Puccini. En revanche, les moments plus intimistes révèlent un talent d’orfèvre et l’émotion affleure toujours au bout de sa baguette.

Jamais deux sans trois, l’enfant du pays Louis Désiré signera également la prochaine production de la maison massilienne (en mars prochain) - une Luisa Miller qui réunira Zuzana Markova dans le rôle-titre et Stefano Secco dans celui de Rodolfo -, et l'on ne peut que s'en réjouir !

Emmanuel Andrieu

Tosca de Giacomo Puccini à l’Opéra de Marseille, le 14 février 2021 – et sur le site de l'Opéra de Marseille à partir du 28 février à 17h (disponible pendant un mois).

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