Streaming : La Bohème pour les Fêtes à l'Opéra de Marseille (malgré tout)

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Parmi les multiples répercutions qu’aura eu le coronavirus sur la vie lyrique en France, il n’y aura pas seulement eu de multiples annulations de spectacles, mais aussi des bouleversements dans les plannings artistiques, comme avec cette Bohème à l’Opéra de Marseille initialement confiée au vétéran-démiurge italien Leo Nucci. Devant l’impossibilité de respecter les distanciations physiques en vigueur sur les scènes des théâtres comme dans les rues de nos cités, Leo Nucci a préféré renoncer à sa participation plutôt que de modifier radicalement son projet initial. C’est finalement Louis Désiré – familier de la maison phocéenne – que Maurice Xiberras est allé chercher à la dernière minute, avec un résultat final particulièrement réussi malgré la rapidité de son exécution. Et si toutes les représentations ont été annulées pour le public, la première du 20 décembre a par bonheur fait l’objet d’une captation vidéographique que l’Opéra de Marseille a diffusée le soir de la Saint-Sylvestre via sa chaîne Youtube.

A l’instar de sa Tosca présentée ici-même en 2015, noirceur et austérité seront les deux maîtres mots de la mise en scène de Louis Désiré, sans qu’on sache si l’intention est de coller au tragique de l’œuvre de Giacomo Puccini ou aux temps obscurs que nous traversons, mais certainement un peu des deux à la fois. Conçus par Diego Menez Casariego, les décors sont aussi spartiates (un lit, quelques chaises et fauteuils privés de leurs dossiers…) que les costumes sont sombres et sommaires. Les éclairages de Patrick Méeüs sont tout aussi parcimonieux, seulement dirigés vers les protagonistes (en un faisceau blafard), le reste du plateau étant plongé dans la pénombre pendant toute la durée de la soirée. C’est dans la direction d’acteurs qu’il faudra aller chercher les principales satisfactions, un travail approfondi sur les gestes et les regards qui laisse d’abord l’émotion circuler ouvertement. Il faut dire que la jeunesse et la crédibilité scénique du quatuor principal sont du pain bénit pour le metteur en scène, et les mouvements sont ici aussi naturels que les corps libres et les visages expressifs, pour le plus grand bonheur des (télé)spectateurs. 

Révélation du spectacle, la jeune soprano française Angélique Boudeville (membre de l’Académie de l’Opéra de Paris depuis 2017) fera parler d’elle dans les années à venir, car voilà un grand soprano lyrique comme l’Hexagone n’en a guère révélé avec pareil éclat lors de ces deux dernières décennies. D’une musicalité parfaite, ne forçant jamais les grands moyens de sa superbe voix ronde et homogène, elle apporte par ailleurs au rôle un naturel et une émotion qui culminent dans une scène finale proprement bouleversante. Pour sa prise de rôle de Rodolfo, Enea Scala dessine un Rodolfo tendre, très épris de sa Mimi. Vocalement, il sait parfaitement colorer les phrases, et déroule avec une aisance souveraine le célébrissime « Che gelida manina ». Alexandre Duhamel est, comme à son habitude, irréprochable, Marcello semblant même trop facile pour lui. Même remarque pour le Colline d’Alessandro Spina, qui délivre une « Vecchia zimarra » véritablement émouvante. Mention, enfin, pour la Musetta de la soprano italienne Lucrezia Drei, alerte, rouée, et parfaitement chantée, tandis que Régis Mengus (que nous avons interviewé récemment) est un luxe dans le rôle de Schaunard.

Dernier miracle de la captation, la direction du chef italien Paolo Arrivabeni, qui malgré la petite vingtaine d’instrumentistes réunis en fosse, parvient à distiller à l’indémodable partition de Puccini des couleurs coruscantes, une masse sonore fluide et un élan tout simplement irrésistible ! Bravo Maestro !

Emmanuel Andrieu

La Bohème de Giacomo Puccini à l’Opéra de Marseille, le 31 décembre 2020 (et à voir en replay sur la chaine Youtube de l'Opéra de Marseille).

Crédit photographique © Christian Dresse

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