The Rake's Progress de Stravinsky à Aix : le retour de Simon McBurney

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Après le succès rencontré par son extraordinaire Flûte enchantée ici-même en 2014, Simon McBurney s’est vu confier une nouvelle mise en scène par la direction du Festival d’Aix-en-Provence : The Rake’s Progress d’Igor Stravinsky. Michael Levine – son fidèle scénographe – a imaginé un immense parallélépipède aux parois d’une blancheur éclatante, sur lequel est bientôt projeté un paysage idyllique qui défile sous nos yeux, avant que Nick Shadow ne surgisse en déchirant la fragile paroi en papier. Plus tard, les projections (signées Will Duke) montreront une Londres fourmillante et tentaculaire tandis que les éventrations se multiplieront dans la drolatique scène où tout le mobilier et les objets d’art accumulés par Baba surgiront de toute part, des parois ou du plafond (photo) ! Pour mieux coller à notre univers et à notre contemporanéité, les personnages sont très friands de selfies, photos immédiatement projetées sur les murs en papier, autant de symboles du narcissisme de notre époque. Une mise en scène diablement efficace, vive et intelligente qui brille également par sa direction d’acteurs, telle la scène où l’excellent chœur des English Voices vient s’agglomérer - comme autant de partenaires sexuels - autour du héros.


Paul Appleby entourée du chœur des English voices ; © Pascal Victor

La distribution se montre sans faille, à commencer par le jeune ténor américain Paul Appleby (Tom Rakewell) qui, sans déraper dans l’expressivité romantique que lui permettraient ses généreux moyens, parvient à retracer, depuis son insouciante ambition juvénile jusqu’à son repentir et sa folie finale, la trajectoire du libertin en accents d’une constante justesse. L’incarnation de Baba par son compatriote contre-ténor Andrew Watts, chanteur débordant d’énergie vocale et à l’articulation acérée, est légitimement acclamé par le public au moment des saluts. La soprano américaine Julia Bullock est une Ann Trulove aussi ravissante scéniquement que vocalement, avec un timbre pur et un aplomb éclatant dans les vocalises. Avec son charisme et son impressionnante présence scénique, le Nick Shadow de Kyle Ketelsen – magnifique Golaud récemment au TCE – domine sans peine le pauvre Tom Rakewell, et capte de bout en bout l’attention du spectateur. Enfin, David Pittsinger campe un émouvant Trulove, Hilary Summers une sexy Mother Goose, tandis que Alan Oke (Sellem) et Evan Hugues (le Gardien) complètent dignement l’affiche.

L’Orchestre de Paris, très sollicité dans les périlleuses parties solistes, sonne impeccablement. Dommage cependant qu’à la place de son chef titulaire Daniel Harding, initialement prévu (mais victime d’une entorse au poignet), la baguette soit laissée à un Eivind Gullberg Jensen scrupuleux et précis, mais réfractaire à la pulsation stravinskienne (et souvent languissant).

Emmanuel Andrieu

The Rake’s Progress d’Igor Stravinsky au Théâtre de l’Archevêché d’Aix-en-Provence, jusqu’au 18 juillet 2017

Crédit photographique © Pascal Victor
 

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