Streaming : la Maria Stuarda de Joyce DiDonato fait chavirer le Met

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Alors qu’ils proposaient hier soir Anna Bolena avec Anna Netrebko (nous en rendions compte en propos d’avant-concert dès hier), les Nightly Met Opera Streams poursuivront la Trilogie Tudor de Gaetano Donizetti, ce soir 28 avril, en programmant Maria Stuarda avec Joyce DiDonato dans le rôle-titre. Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, l’ouvrage n’avait encore jamais été donné au Metropolitan Opera au moment de cette captation vidéographique, qui date de janvier 2013, et qui fut à l’époque retransmise dans les cinémas du monde entier. L’on s’en rappelle encore tant l’incarnation de l’infortunée reine d’Ecosse par la diva américaine avait marqué nos esprits.    

Dès son entrée en scène, Joyce DiDonato campe en effet son personnage avec un aplomb confondant. Timbre ravissant, sens aigu du texte, intuition stylistique, goût de l’ornementation… on ne sait qu’admirer le plus dans cette performance, où l’on retrouve à la fois les accents étouffés de Beverly Sills, le contrôle immaculé de la ligne de Mariella Devia et le mordant dans l’accent de Leyla Gencer (dans le face-à-face entre les souveraines à l’acte II). La longue scène finale, de la confession jusqu’à la montée au supplice, émeut aux larmes et fait chavirer le public new-yorkais. Pour ses débuts au Met, la soprano sud-africaine Elza van den Heever fait grande impression en Elisabetta : avec sa haute taille, son allure impérieuse, son intensité dramatique, et ses aigus fulgurants, elle en impose aux spectateurs. Mais la chanteuse sait aussi parer sa voix de couleurs très nuancées quand le doute la ronge au moment de signer l’acte d’exécution de sa rivale... Elle aussi récolte un triomphe personnel amplement mérité. De leurs côtés, Matthew Rose et Joshua Hopkins réussissent à faire exister les rôles des conseillers antagonistes, Talbot et Cecil, tandis que Matthew Polenzani incarne un Leicester suave et viril à la fois, avec une voix capable de séduction, mais aussi de mordant.

Pour le second volet de la trilogie de Donizetti qu’il s’est vu confier par Peter Gelb, David McVicar joue toujours la carte de la simplicité et presque même de la sobriété pour l’aspect scénographique, réservant les lourdeurs de la reconstitution historique aux somptueux costumes d’époque élisabéthaine (conçus tous deux par John McFarlane). Mais ce sont les saisissants éclairages de Jennifer Tipton qui captent le plus notre rétine : leur sens aigu des atmosphères favorise l’expression des sentiments. Un hiatus cependant : à l’acte deux, qui se déroule dans le parc du château de Fotheringhay où Elizabeth a fait emprisonner Maria Stuarda, tout est ici très abstrait et très gris, ce qui entre en antagonisme avec les pensées heureuses de la Reine d’Ecosse, qui se rappelle à ce moment sa jeunesse en France et dit son plaisir d'être à l'extérieur... Mieux pensée, la scène finale, où elle se dépare de sa tunique noire au profit d'une robe rouge (couleur du martyre chrétien), puis monte vers l’échafaud où l’attend le bourreau (une image assez similaire à celle clôturant l’Anna Bolena précitée…).

Enfin, à l’inverse de son Pirate madrilène en décembre dernier, la direction du chef italien Maurizio Benini donne ici la priorité à la continuité du discours musical plus qu’à l’éclat extérieur. Moins dramatique que souvent dans l’affrontement entre les deux reines à la fin du deuxième acte, elle sert magnifiquement la partition de Donizetti dans ses pages les plus lyriques, et notamment au III qui, par la pudeur de l’interprétation de DiDonato, trouve une expression particulièrement émouvante.

Pour la petite histoire, cette production devait être reprise ces jours-ci au Met (avec Diana Damrau dans le rôle-titre), mais le destin en a voulu autrement...

Emmanuel Andrieu

Maria Stuarda de Gaetano Donizetti (en streaming) sur le site du Metropolitan Opera – disponible gratuitement (pour une durée de 24h) à partir du 28 avril à 19h30 (heure de New York, et le 29 à 1h30 du matin, heure de Paris) dans le cadre des Nightly Met Opera Streams, puis de manière payante via l'offre Met on Demand.

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