Première édition des Musicales franco-russes à Toulouse, avec La Damnation de Faust en ouverture

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Pour leur première édition, les Musicales franco-russes - un festival placé sous la direction artistique de Tugan Sokhiev pour rapprocher Toulouse de Moscou (rappelons qu’il est à la fois directeur musical de l’Orchestre du Théâtre du Capitole mais aussi du mythique Orchestre du Théâtre Bolchoï de Moscou) - ont débuté ce vendredi 22 février avec une exécution (à la Halle aux grains) de La Damnation de Faust de Hector Berlioz, et s’achèveront par une exécution (toujours en version concertante) de  La Dame de Pique de Tchaïkovski et de Ivan le Terrible de Rimski-Korsakov - avec cette fois l'Orchestre du Théâtre Bolchoï en fosse... -, les 14 & 15 mars prochains (nous y serons !).

Cette Damnation a payé d’une double malchance avec le retrait successif de Benjamin Bernheim (remplacé par Marc Laho) dans le rôle de Faust puis de Clémentine Margaine (remplacée par Sophie Koch) en Marguerite. En meilleur forme que pour son Faust liégeois, il y a trois semaines de cela, Marc Laho n’a cependant plus le tonus sans limite du passé, et s’il vient à bout (sans accident cette fois) de ce rôle exigeant, on n’en ressent pas moins tous les efforts qu’il doit déployer pour y parvenir. Par ailleurs, si les aigus en fausset du duo sont bel et bien là, le compte n'y est pas tout à fait pour ce qui est de la largeur de timbre nécessaire pour soutenir correctement la célèbre « Invocation à la nature ». Sophie Koch n’a peut-être pas non plus la voix idéale pour le rôle de Marguerite, la sensualité et les graves du personnage lui faisant cruellement défaut, mais la prononciation est exemplaire et le phrasé éloquentissime. Elle est ainsi une Marguerite réservée, toute en noblesse, même si son duo manque là aussi un peu de chaleur. La progression dans son premier air « Il était un roi de Thulé », d’abord presque déclamé, atteint en revanche un véritable éclat paroxystique dans le sublime air « D’amour l’ardente flamme ». La basse canadienne John Relyea possède le physique inquiétant de Méphistophélès et surtout un chant nuancé : sarcastique à bon escient, il privilégie musicalité et profondeur grâce à une voix chaude, puissante et ambrée (superbe « Chant de la puce »), tandis que Julien Véronèse ne force jamais le trait en Brander (avec une « Chanson du rat » de haute volée).

Mais le triomphateur de la soirée est sans conteste Tugan Sokhiev. Habité d’une fougue communicative, le chef ossète obtient de l’Orchestre national du Théâtre du Capitole une chaleur, une allégresse et une précision enthousiasmantes. Sous sa battue, l’orchestre vit, les cordes chantent, les bois se distinguent et les mille et un détails qui innervent la partition sont magnifiquement ciselés. En outre, il fait preuve d’un sens imparable de l’architecture sonore, qu’il construit avec soin, atteignant quelques beaux paroxysmes - comme dans le trio - pour retourner au tempo et à la retenue du début dans le chœur angélique qui conclut l’œuvre. De leur côté, les chœurs, préparés par Alfonso Caiani, sont superbes de bout en bout. La cohésion des registres fait notamment merveille dans la fugue de l’Amen ou la sublime apothéose finale.

Emmanuel Andrieu

La Damnation de Faust de Hector Berlioz à la Halle aux grains de Toulouse, le 22 février 2019

Crédit photographique © Patrice Nin
 

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